La capitale haïtienne s’enfonce dans une crise de la violence armée dont les civils sont les premières victimes.
Février 2026, un véhicule de police patrouille sur la place du Champ-de-Mars, à Port-au-Prince. Quatre impacts de balles constellent le pare-brise. Certaines portières sont manquantes. Le Toyota Land Cruiser est mal en point, à l’image d’Haïti et de sa capitale, minée par la corruption et la guerre opposant les Forces de sécurité aux gangs criminels depuis 2021.
Deux éléments qui constituent un frein au développement économique et à la stabilité de cette île des Antilles. Malgré les promesses de nombreux responsables politiques, le pays, l’un des plus pauvres au monde, continue de s’enfoncer dans une crise qui ne semble jamais vouloir s’arrêter, au détriment de la population. Une situation favorable aux gangs, qui ont gagné en puissance et en autonomie. Le plus puissant se nomme Viv Ansanm (Vivre ensemble), créé en septembre 2023 par Jimmy Chérizier, surnommé « Babekyou » en créole. Au fil des ans, la coalition a étendu son emprise territoriale, à Port-au-Prince et dans tout le pays, et a renforcé ses activités criminelles.
À ce jour, la guerre entre les gangs et les Forces de sécurité, associant la police, l’armée et un contingent de soldats kényans dans le cadre d’une mission orchestrée par l’ONU, aurait causé la mort de plus de 16 000 personnes.
Pour les Haïtiens, l’espoir d’une vie meilleure semble s’éloigner un peu plus chaque jour. « C’est le chaos, les gangs contrôlent presque tout, des gens meurent tous les jours », déplore Pierre-Stern Olivier. L’ancien ingénieur de 69 ans réside depuis des années dans le quartier de Bel-Air. Un temps sous le joug des gangs armés, puis « libéré » par les Forces de sécurité, le sexagénaire ne veut pas quitter sa maison de l’avenue Monseigneur Guilloux. « Quelle que soit la situation, je reste ici, je n’ai nulle part où aller. »
Néanmoins, si les actes de violence sont principalement l’apanage des gangs — la police commet elle aussi une répression extrajudiciaire —, un changement serait en train s’opérer, le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) étant arrivé à son terme début février et ayant été transmis au Conseil des ministres et au premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé. L’utilisation quasi systématique de drones kamikazes par les Forces de sécurité exerçant une pression constante sur ces groupes criminels n’y serait pas étrangère, puisque les gangs prétendent désormais se battre pour la protection des plus pauvres contre une élite corrompue.
L’objectif serait d’obtenir une amnistie globale. Ce que confirme Julio, alias « Colonel », chef d’un groupe de Viv Ansanm, père de quatre enfants. « On rendra les armes contre un travail et la sécurité pour nos enfants. Pour ça, il faut se mettre autour de la table avec des politiciens qui ne sont pas impliqués dans la guerre. Il faut trouver une solution, sans ça, l’avenir d’Haïti est impossible. » Cela suffira-t-il à convaincre les gangs de se démobiliser ? Difficile à dire tant la situation reste tendue. D’autant plus qu’un contingent de 800 militaires tchadiens doit être déployé à Port-au-Prince fin avril, ce qui n’est pas forcément le signe d’une volonté de négociation de la part des autorités haïtiennes.
