Le détroit d’Ormuz est un passage crucial dans le transport mondial des hydrocarbures. Son blocage suite aux frappes américaines et israéliennes sur l’Iran a provoqué une hausse des prix du gaz et du pétrole en Europe et dans le monde entier.
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est un passage maritime étroit reliant le golfe Persique au golfe d’Oman. Il joue un rôle crucial dans l’économie mondiale, puisqu’environ 20% du pétrole mondial y transite chaque jour, provenant notamment d’Arabie saoudite, du Koweït ou des Émirats arabes unis
Le détroit d’Ormuz : un passage stratégique
En moyenne, plus de 20 millions de barils traversaient quotidiennement le détroit en 2024, selon l’Agence américaine de l’énergie.
Un passage hautement stratégique. Le détroit d’Ormuz, l’un des principaux goulets d’étranglement énergétiques mondiaux, est quasiment paralysé depuis le début des frappes israéliennes et américaines sur l’Iran. Lundi 2 mars, Ebrahim Jabbari, conseiller du commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique a assuré qu’il « brûlerait vif » tout bateau qui « tenterait de le traverser« . « Ils ne doivent pas venir dans cette région. Ils s’exposeront à une riposte sévère de notre part« , a-t-il affirmé.
Le détroit d’Ormuz est un chenal situé entre l’Iran et Oman. Son entrée et sa sortie mesurent environ 50 km de large. Malgré son étroitesse, un cinquième de la consommation mondiale de produits pétroliers liquides et du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) y transite. C’est en effet l’une des seules routes qui permet de faire sortir les hydrocarbures des principaux pays producteurs de la zone : Qatar, Arabie Saoudite, Irak, Émirats arabes unis, Iran, Koweït…
Le prix du pétrole s’envole
L’annonce du blocage du détroit par l’Iran a donc eu des impacts directs sur le prix du pétrole. Le cours du baril de Brent s’affichait à près de 100 euros (115 dollars) lundi 9 mars, contre environ 63 euros avant les frappes américaines et israéliennes lancées le 28 février.
Si les prix augmentent, c’est parce que « la majeure partie des volumes transitant par le détroit d’Ormuz ne dispose d’aucun autre moyen de quitter la région« , expliquait en juin 2025 une note de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). Les itinéraires alternatifs présentent des limites et seule une petite partie (2,6 millions de barils par jour) pourrait y transiter, loin des 20 millions qui empruntent chaque jour le détroit d’Ormuz en temps normal.
62 euros le mégawattheure de gaz
Le prix des contrats à terme de référence (TTF), qui sert de baromètre pour le gaz en Europe, a lui aussi presque doublé en une semaine. Alors qu’il était à 32 euros le mégawattheure (MWh) avant le début du conflit, il s’établissait à 61,7 euros le 9 mars.
D’autant plus qu’entretemps, la compagnie énergétique publique du Qatar, QatarEnergy, a annoncé l’arrêt de sa production de GNL. Une décision prise le 2 mars, après l’attaque de ses principaux sites de traitement de gaz par des drones iraniens. Cette suspension « a eu des incidences directes sur le marché européen avec une hausse du prix, même si celle-ci reste en deçà de ce qui avait été observé pendant le conflit en Ukraine« , note Jonathan Piron, historien et spécialiste du Moyen-Orient interrogé par Toute l’Europe. À l’époque, le mégawattheure avait dépassé 300 euros.
L’agriculture européenne pourrait également être impactée. Environ un tiers du commerce mondial d’engrais transitent par le couloir, selon le cabinet d’analyse Kpler.
Quelle dépendance aux hydrocarbures étrangers ?
Selon les données de la Commission européenne, seulement 3,8 % du gaz importé dans l’Union européenne provenait du Qatar en 2025. L’UE est bien plus dépendante de la Norvège (31,1 % du gaz importé) et des États-Unis (25,4 %). Pour les pays asiatiques en revanche, 84 % du pétrole brut et du condensat (pétrole léger), ainsi que 83 % du gaz naturel liquéfié transitant par le détroit d’Ormuz leur étaient destinés en 2024, estime l’EIA.
Mais le Qatar étant un acteur majeur du marché du GNL, c’est tout le marché mondial qui se tend lorsque ses exportations s’arrêtent ou sont retardées. Les acheteurs asiatiques se reportent notamment sur les cargaisons disponibles ailleurs dans le monde, ce qui resserre l’offre mondiale et fait monter les prix également en Europe. En outre, les stocks européens de gaz sont tombés bien plus bas que la normale début mars, autour de 30 % contre 54 % habituellement à cette période. Enfin, la flambée des coûts de transport explique aussi en partie celle des prix des hydrocarbures.
