16 juillet 2024
Paris - France
AFRIQUE

Le gouvernement d’unité de l’Afrique du Sud compte désormais cinq partis, selon l’ANC

 Le président Ramaphosa réélu, gouvernement de coalition .
Le Congrès national africain (ANC) a déclaré lundi que le nouveau gouvernement sud-africain comptait à ce jour cinq partis, représentant plus des deux tiers des sièges de l’Assemblée nationale, et que des discussions étaient en cours avec d’autres partis.

À la suite des élections du mois dernier, l’ANC a été contraint de forger des alliances avec d’autres partis politiques après avoir échoué à obtenir une majorité parlementaire pour la première fois depuis les élections de 1994 qui ont marqué la fin de l’apartheid.

Le chef de l’ANC, Cyril Ramaphosa, a été réélu président de l’Afrique du Sud par le parlement vendredi, son parti ayant obtenu le soutien de son principal rival, l’Alliance démocratique, dirigée par les Blancs et favorable aux affaires, ainsi que de deux petits partis : le Parti de la liberté Inkatha, socialement conservateur, et l’Alliance patriotique, d’extrême droite.

L’ANC a déclaré lundi qu’un autre petit parti, GOOD, s’était également engagé à faire partie du pacte de gouvernement d’unité.

Ce collectif représente 273 sièges à l’Assemblée nationale, soit 68 %, a déclaré l’ANC dans un communiqué.

Le parlement sud-africain compte 400 sièges. L’ANC a remporté 159 sièges, la DA est le deuxième parti avec 87 sièges, l’IFP a 17 sièges, la PA a 9 sièges et GOOD a un seul siège.

L’ANC a déclaré que le gouvernement d’unité garantirait la représentation au gouvernement de tous les partis participants et prendrait ses décisions par consensus.

Parmi ses priorités, le gouvernement d’unité devrait se concentrer sur une croissance économique rapide, inclusive et durable, la promotion de l’investissement en capital fixe, la création d’emplois, la réforme agraire et le développement des infrastructures, a déclaré l’ANC.

« Le président exercera sa prérogative de nommer le cabinet, en consultation avec les dirigeants des partis du GNU (gouvernement d’unité nationale), en adhérant aux protocoles existants sur la prise de décision et le budget du gouvernement », a déclaré l’ANC, ajoutant qu’il était toujours en discussion avec d’autres partis pour rejoindre le gouvernement.

Le parti marxiste des Combattants pour la liberté économique, qui dispose de 39 sièges, a déclaré qu’il ne ferait pas partie d’un gouvernement comprenant la DA ou le Freedom Front Plus, deux partis qui bénéficient du soutien de la minorité blanche.

Le parti uMkhonto we Sizwe, dirigé par l’ancien président Jacob Zuma, ne fait pas non plus partie du gouvernement d’unité.

Avec 58 sièges à l’Assemblée nationale, il a déclaré qu’il rejoindrait une alliance de petits partis d’opposition au Parlement appelée « Progressive Caucus », qui comprend l’EFF et le Mouvement démocratique uni de centre-gauche.

Cette alliance constituera l’opposition officielle au gouvernement d’union.

« Les partis populistes ayant choisi de rejeter le GNU et les principaux partenaires de l’ANC au sein de la coalition gouvernementale s’orientant vers le centre et favorisant des politiques économiques plus libérales, nous pensons que le GNU ouvre la voie à des réformes structurelles plus favorables à la croissance et à des choix de politique macroéconomique prudents », a déclaré David Faulkner, économiste à la HSBC, dans une note.

« Mais le GNU pourrait également être confronté à des divisions idéologiques et exacerber les fractures au sein de l’ANC, des facteurs qui pourraient rendre difficile l’établissement d’un cadre politique stable.

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C’est un jour historique » et « le début d’un nouveau chapitre de construction, de coopération », a commenté vendredi le dirigeant de la DA, John Steenhuisen.

Selon l’ANC, le président Ramaphosa devrait annoncer un « gouvernement d’union nationale inclusif » comprenant, outre la DA, le parti nationaliste zoulou Inkhata (IFP) et d’autres petites formations.

Le parti de Nelson Mandela s’est dit « prêt à mettre de côté nos divergences politiques, à trouver des moyens innovants pour travailler ensemble dans l’intérêt de notre nation ».

Les élections législatives fin mai ont marqué un tournant historique pour l’Afrique du Sud, mettant fin à trente ans d’hégémonie du Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela.

Le président sud-africain et président de l’ANC, Cyril Ramaphosa (c) et le vice-président de l’ANC Paul Mashatile (g) au Parlement, le 14 juin 2024 au Cap.

Le parti qui a défait le régime honni de l’apartheid a ainsi perdu pour la première fois sa majorité absolue au Parlement.

Le futur gouvernement va graviter « autour du centre », entre l’ANC, qui reste majoritaire avec 159 des 400 députés, l’Alliance démocratique (DA, 87 sièges) et le parti nationaliste zoulou Inkhata (IFP, 17 sièges).

John Steenhuisen a estimé que ce gouvernement multi-partis est « la meilleure opportunité » pour le pays « d’obtenir la stabilité et une bonne gouvernance propre », loin de la corruption qui a entaché l’ANC ces dernières années.

Il a précisé que l’attribution de postes de ministres n’était pas encore tranchée. « Nous parlons valeurs et principes d’abord, postes ensuite », a-t-il ajouté.

M. Ramaphosa, ancien syndicaliste ayant fait fortune dans les affaires, avant de revenir à la politique, a affiché la semaine dernière une franche décontraction, alors qu’il menait des négociations serrées en coulisses.

Le président américain Joe Biden a félicité samedi Cyril Ramaphosa pour sa réélection.

Saluant le travail collectif réalisé par les partis pour former un gouvernement d’union nationale, Joe Biden s’est réjoui « que les États-Unis et l’Afrique du Sud poursuivent leur collaboration afin d’élargir les perspectives économiques, investir dans des solutions énergétiques propres et démontrer que la démocratie tient parole », selon un communiqué de la Maison Blanche.

La Chine, partenaire-clef de l’Afrique du Sud, a félicité M. Ramaphosa par un « message » de son président Xi Jinping, a indiqué l’agence de presse officielle Chine Nouvelle.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de son côté félicité M. Ramaphosa en saluant « les efforts conjoints de l’Afrique du Sud pour restaurer une paix juste en Ukraine » tandis que le président russe Vladimir Poutine a dit apprécier en Ramaphosa sa « contribution personnelle au développement d’un partenariat stratégique » entre leurs deux pays.

« Avec vos qualités de dirigeant et votre expérience, l’Afrique du Sud est entre de bonnes mains », a pour sa part écrit sur X la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Le président du Zimbabwe voisin, Emmerson Mnangagwa, a vu lui dans la réélection de M. Ramaphosa « un large témoignage de la grande confiance » du peuple à son égard.

Sans la gauche

Depuis plusieurs jours, une troïka ANC-DA-IFP s’était dessinée, en dépit de tiraillements sur la gauche de l’ANC, qui voyait d’un mauvais oeil une alliance avec le parti DA, apprécié par le monde des affaires mais qui reste largement perçu comme le parti des Blancs et opposé au poids des aides sociales sur le budget notamment.

Mercredi, le dirigeant de l’Inkhata avait justifié sa participation au futur gouvernement par le besoin de « stabilité » pour répondre aux difficultés des Sud-Africains, plombés par un chômage endémique, de fortes inégalités et des coupures de courant récurrentes.

Plus tôt, le président Ramaphosa avait invité tous les partis à « travailler ensemble » pour former un « gouvernement d’union nationale », référence à la formule trouvée à la sortie de l’apartheid unissant le premier président noir Nelson Mandela au dernier président blanc, Frederik de Klerk.

Le MK, nouveau parti de l’ex-président accusé de corruption Jacob Zuma, devenu la troisième force politique avec 58 sièges, a refusé toute discussion avec l’ANC.

Son parti continue de contester les résultats des législatives et ses députés étaient largement absents vendredi de cette première session parlementaire.

Les Combattants pour la liberté économique (EFF, 39 sièges), qui prônent la confiscation de terres aux Blancs ou la privatisation des mines, ont refusé de rejoindre le gouvernement de coalition.

Jean Moliere Source  Reuters

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