5 mars 2024
Paris - France
EUROPE

Immigration illégale: à Mayotte, Gérald Darmanin annonce la fin du droit du sol pour apaiser la colère

GÉRALD DARMANIN À MAYOTTE: L’ARCHIPEL PARALYSÉ PAR UN MOUVEMENT CONTRE L’INSÉCURITÉ ET L’IMMIGRATION.
Depuis trois semaines, des blocages installés à plusieurs endroits de l’île, dont certains points économiques stratégiques comme le port de Longoni, paralysent la circulation des Mahorais et des biens. Ils demandent à l’État d’agir face à une « situation insoutenable ».

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et la nouvelle ministre des Outre-mer, Marie Guévenoux, sont attendus ce dimanche 11 février à Mayotte pour préparer une nouvelle offensive contre la délinquance et l’immigration illégale.

Il s’agit de préparer une « opération Wuambushu 2 », opération lancée l’an dernier visant à expulser les étrangers en situation irrégulière, à détruire les bidonvilles et à lutter contre la criminalité dans l’archipel.

Cette mesure « extrêmement forte, nette, radicale », sera « évidemment circonscrite à l’archipel de Mayotte », a-t-il ajouté.

Département français le plus pauvre de France, Mayotte est peuplé de 310.000 habitants, selon l’Insee – probablement beaucoup plus selon la Chambre régionale des comptes – dont 48% d’immigrés comoriens ou d’autres pays d’Afrique.

La plupart arrivent clandestinement à bord de barques de pêche traditionnelles, les « kwassa-kwassa », depuis l’île comorienne d’Anjouan, distante de seulement 70 km.

Beaucoup vivent dans des « bangas » (cases) insalubres organisés en bidonville, qui se sont multipliés à Mayotte.

– « Mayotte en colère » –

En 2022, selon le ministère de l’Intérieur, 44% des enfants nés à Mayotte avaient deux parents étrangers et 38% au moins un parent français.

Selon Gérald Darmanin, la fin du droit du sol à Mayotte permettra notamment de supprimer les titres de séjour territorialisés, un dispositif empêchant les détenteurs d’un titre de séjour mahorais de venir dans l’Hexagone et dont les collectifs d’habitants en colère demandent la suppression.

La suppression de ce dispositif sera actée dans un projet de loi Mayotte -annoncé de longue date et confirmé le 30 janvier par le nouveau Premier ministre Gabriel Attal- bientôt déposé à l’Assemblée nationale, a-t-il précisé.

Le nombre de titres de séjours émis à Mayotte diminuera de 90% avec ces nouvelles mesures et le durcissement du regroupement familial permis par la récente loi immigration, a précisé à l’AFP l’entourage de Gérald Darmanin.

Quelques centaines de Mahorais, notamment membres des collectifs bloquant l’île, attendaient à Mamoudzou l’arrivée des ministres, accueillis par des huées et aux cris de « Mayotte en colère ».

Leur cortège s’est aussitôt rendu à une rencontre avec des élus et des habitants, et des échauffourées ont brièvement éclaté entre des manifestants qui tentaient de les suivre et les forces de l’ordre.

« Maintenant, on attend du concret (…) On n’a pas d’échéancier. La fin du visa territorialisé c’est quand ? La loi Mayotte, elle s’applique quand ? Si ça se fait dans l’immédiat, on lèvera les barrages mais on ne veut pas que des mots », a réagi à l’AFP Zafira Ahmed, syndicaliste Force ouvrière et membre des « Forces vives ».

« Les annonces sont très encourageantes mais on attend de voir les actes. Tout ça va prendre du temps et pour le moment, ça ne changera pas notre quotidien », a expliqué à l’AFP une manifestante, Eirini Arvanitopoulou.

Saluant des « annonces fortes », le député LR de Mayotte Mansour Kamardine a demandé que la suppression du droit du sol à Mayotte soit inscrite dans le projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, dont l’examen débutera en mars au Parlement.

La gauche s’est elle indignée dimanche de l’annonce de la fin du droit du sol, le PS annonçant qu’il s’opposerait à cette révision de la Constitution. « Après avoir brisé le tabou de la préférence nationale, la Macronie attaque la conception même de la nationalité, fondement de la République », a déploré l’eurodéputée LFI Manon Aubry.

La droite et l’extrême droite ont à l’inverse applaudit l’annonce de M. Darmanin. « Enfin ! », a salué Eric Ciotti (LR). « Je dis bravo », a renchéri Marion Maréchal (Reconquête), qui a demandé l’extension de la mesure « à l’ensemble du territoire français ».

Au printemps 2023, des centaines de policiers et gendarmes avaient été déployés sur l’île dans le cadre de l’opération Wuambushu, destinée à tarir le flux d’arrivées de migrants, combattre l’habitat insalubre et la délinquance. Mais nombre d’habitants ont jugé ses résultats décevants.

Avant son arrivée, le ministère de l’Intérieur a annoncé la préparation d’une « nouvelle opération d’ampleur contre la délinquance et l’immigration illégale », déjà baptisée par l’entourage de Gérald Darmanin d' »opération Wuambushu 2″.

Dans une vidéo publiée sur X (ex-Twitter) samedi soir, le ministre a évoqué le déploiement d’un « rideau de fer » maritime pour empêcher l’arrivée des clandestins, grâce à de nouveaux outils technologiques et un engagement plus important des moyens maritimes, selon son entourage.

Suppression du droit du sol: « La vie normale n’est plus possible à Mayotte » selon la députée Estelle Youssouffa.

Jean Moliere/AFP

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