En un week-end, le président américain a dû exhorter à la fois l’Iran et Israël à cesser le feu, révélant toute la fragilité d’une trêve qu’il peine à imposer à des belligérants qui, eux, sont prêts à prolonger la guerre
Les faits –
Donald Trump a annoncé lundi sur Truth Social que « les deux partis, Israël et l’Iran, cherchent à conclure un CESSEZ-LE-FEU immédiat ! », quelques heures après des échanges de tirs. Peu après, les deux belligérants ont annoncé une suspension des frappes.
Les Américains ont une expression : « It takes two to tango. » Mais la guerre en Iran, elle, compte trois danseurs : Washington, Tel-Aviv et Téhéran qui, depuis le 28 février, restent pris dans une même chorégraphie d’affrontements. Que se passe-t-il, alors, quand Donald Trump décide, seul, de quitter la piste ?
Le monde entier vient d’en voir les conséquences, en direct, ce week-end. Alors que l’Iran a lancé des missiles sur Israël en représailles à ses frappes contre le Hezbollah au Liban, poussant l’État hébreu à répliquer à son tour, le président américain s’est saisi de son Truth Social. « Israël et l’Iran doivent cesser immédiatement les tirs », a-t-il exhorté lundi matin.
Le midi, l’Iran a annoncé suspendre ses frappes contre Israël, selon l’agence de presse Fars, avertissant néanmoins que « des actions bien plus dures et dévastatrices » seront menées si le Liban continue d’être attaqué. Peu après, Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a confirmé que son pays « s’abstiendra de tirer » sur l’Iran. Mais pas le Liban.
Cet enchaînement d’événements est vertigineux. En un week-end, Donald Trump s’est retrouvé dans l’inconfortable situation d’arbitrer une guerre qu’il a pourtant lui-même choisi de déclencher. Voilà en effet des semaines qu’il tente de s’en extirper, conscient que ses objectifs n’ont pas été atteints, que les stocks du Pentagone ont été vidés, les prix du pétrole ont explosé et l’opinion publique américaine s’est retournée contre lui.
Mis à part quelques escarmouches autour du détroit d’Ormuz, il avait réussi à imposer un cessez-le-feu début avril, afin de relancer des négociations avec le régime iranien. Mais cette trêve est difficile à préserver, comme le démontrent les échanges de tirs de ce début de semaine. Pour une raison très simple : Israël et l’Iran ont leurs propres intérêts à défendre, peu importe la volonté de l’Américain.
Téhéran a fait de la guerre au Liban une précondition à tout « deal » avec les États-Unis. Un signe de solidarité envers son allié, le Hezbollah, ou un prétexte pour gagner du temps dans les négociations ? Les interprétations des experts diffèrent. Mais reste que le régime a voulu prouver, en attaquant Israël, que sa ligne rouge ne devait pas être dépassée. Quant au risque d’escalade, il est prêt à l’assumer. Il estime avoir su résister aux attaques israélo-américaines ; il peut donc encore tenir.
La probabilité d’un embrasement est néanmoins réduite, dans la mesure où Donald Trump ne cache pas ne plus vouloir se battre. Malgré des échanges de tirs entre son armée et celle de l’Iran dans le détroit d’Ormuz, il a refusé d’admettre que sa trêve avait été violée. Et dans les médias américains, il assure régulièrement que la fin approche. Y compris dimanche sur NBC : « Bientôt, ce sera terminé. »
Reste Israël. Benjamin Netanyahu n’a jamais caché son hostilité à un « deal » avec Téhéran, lui qui redoute par-dessus tout un accord de Vienne 2.0, jugé à l’époque trop complaisant envers le régime. L’administration américaine en est consciente. Mais Donald Trump a estimé avoir assez d’influence et de leviers pour l’empêcher de faire capoter ses négociations. Et Bibi avait jusqu’ici semblé jouer le jeu : respecter la trêve avec l’Iran, tout en continuant à frapper le Hezbollah. Une distinction commode, qui lui permettait de ménager Washington sans abandonner le front libanais, très important pour l’opinion publique israélienne.
Sauf que le Liban est désormais une épine dans les négociations américano-iraniennes. Et dans la relation entre Washington et Tel-Aviv. La semaine dernière, les tensions ont éclaté au grand jour quand Donald Trump a brutalement dissuadé Bibi de lancer son invasion prévue à Beyrouth, l’accusant d’être « complètement taré ».
Autant dire que ce week-end, l’hôte de la Maison Blanche était encore plus remonté. Après les frappes iraniennes, il a directement exhorté Bibi à ne pas répondre, affirmant à Axios : « Nous sommes sur le point de conclure un accord définitif avec l’Iran. […] Je ne veux pas qu’il tombe à l’eau à cause de ce qui se passe actuellement. »
Le Premier ministre, sous pression de son gouvernement et de son opinion publique, s’est senti obligé de répliquer face à l’Iran, avant d’accepter de suspendre ses frappes. Donald Trump peut comprendre son besoin de garder la face. Mais lui aussi tient à garder la sienne. Auprès du Financial Times, il s’est alors montré plus cinglant vis-à-vis de son allié israélien. « Il n’aura pas le choix, a-t-il déclaré à propos d’un futur accord avec l’Iran. C’est moi qui décide de tout. Ce n’est pas lui qui décide. » Du moins, jusqu’à la prochaine salve.
Source : L’Opinion.fr