16 juillet 2024
Paris - France
POLITIQUE

Côte D’Ivoire  De Koumassi au district d’Abidjan, Ibrahim Cissé Bacongo affiche ses ambitions 

Si ses méthodes passent mal, le gouverneur Ibrahim Cissé Bacongo n’en a cure. En dépit des critiques, il s’affirme en effet comme un poids lourd du RHDP et un fidèle du président Alassane Ouattara

Le gouverneur du district autonome d’Abidjan, Ibrahim Cissé Bacongo.

Depuis plusieurs mois, les journées d’Ibrahim Cissé Bacongo sont rythmées par des visites inopinées sur les différents chantiers d’Abidjan. Dès le matin, le gouverneur du district quitte son domicile afin de mener une tournée d’inspection qui peut durer jusqu’à la mi- journée. Au volant de son véhicule, à la tête d’un petit cortège, il arpente méthodiquement les rues de la capitale économique. Rien ne lui échappe, que ce soit le comportement des ouvriers ou le respect des normes de sécurité. Il n’hésite pas à faire la police et à interpeller directement les fautifs

Élu maire de Koumassi en 2018, puis réélu en 2023, avant de céder le flambeau, il a multiplié dans cette commune populaire des opérations de déguerpissement des commerces informels et des habitats précaires au prix, déjà, de vives tensions avec les populations. Une méthode musclée qui lui a valu pas mal de critiques. Mais Ibrahim Cissé Bacongo assumait vouloir «changer l’image » de Koumassi

Toujours avec sa garde rapprochée 

À la tête du grand Abidjan depuis décembre 2023, il reproduit le même schéma, toujours pour le bien de la population », assuretil. Et pourtant, il le sait, la méthode de celui que l’on a surnommé le « bulldozer >> dérange. Le 13 mars, à l’issue d’un Conseil des ministres, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a repris la main sur le dossier. En raison des déguerpissements, une partie des fonds promis par les ÉtatsUnis dans le cadre du Millenium Challenge a été suspendue. Le 14 mai, Ibrahim Cissé Bacongo a reçu en audience Jessica Davis Ba, l’ambassadrice américaine en Côte d’Ivoire, afin de tenter de déminer la situation. «C’est un dossier qui est géré au plus haut sommet de l’État », confie un proche du ministregouverneur

S’il a quitté la mairie de Koumassi, Ibrahim Cissé Bacongo n’en est pas très loin. D’abord, il a érigé ses anciens bureaux en annexe du district, ce qui lui permet de garder un œil, et un piedàterre, dans sa commune, le temps des travaux de rénovation à l’hôtel du district. C’est qu’il aime déjeuner des plats traditionnels, comme le riz accompagné de sauces typiques. Et, lorsqu’il a été propulsé au district autonome d’Abidjan, après la nomination de Robert Beugré Mambé à la primature, ce juriste de formation s’est assuré de ne pas arriver seul

 Déguerpissements à Abidjan : la méthode << bulldozer » d’Ibrahim Cissé Bacongo .

L’ancien édile de Koumassi a en effet emmené dans ses bagages une partie de son équipe. À la tête de ce cercle de fidèles, on retrouve Brigitte Yapo Diby, l’exsecrétaire générale de la mairie. Promue directrice générale des services administratifs du district d’Abidjan, elle fait office de bras droit du gouverneur. Aux finances, il a placé un autre de ses lieutenants, Serge Ido, qui occupait les mêmes fonctions à Koumassi. Il s’appuie également sur les anciens collaborateurs de son prédécesseur, à l’instar de Mathieu Touré, son directeur de cabinet, Valérie Boua, la directrice générale des services techniques, ou encore de Nicolas Baba Coulibaly, le directeur de la communication

À Koumassi, il avait par ailleurs soigneusement préparé sa succession, en plaçant ses fidèles aux postes clés. Son poulain Narcisse Balley, qui officiait comme premier adjoint au maire, lui a succédé à la tête de la mairie. Yacouba Sangaré, son ancien suppléant à l’Assemblée nationale, est devenu le nouveau premier adjoint au maire, tout en conservant son mandat de député de Koumassi. Oscar Abo conserve son poste de directeur de cabinet à la mairie

Le << berger Alassane Ouattara >> 

Ibrahim Cissé Bacongo reste, à 69 ans, un poids lourd du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Secrétaire exécutif du parti au pouvoir depuis août 2022, il demeure un fidèle du président Alassane Ouattara, dont il fut le conseiller spécial chargé des affaires politiques. Il est également proche du frère de ce dernier, le ministre de la Défense Téné Birahima Ouattara et entretient des liens d’amitié avec une autre figure importante du RHDP : Kandia Camara. Avec la présidente du Sénat, qu’on surnomme sa «jumelle », leurs chemins se sont croisés dès les débuts du Rassemblement des républicains (RDR) dans les années 90. Ils sont toujours prêts à prendre la défense l’un de l’autre

Ses relations avec Adama Bictogo se sont par ailleurs normalisées. Les deux hommes s’étaient affrontés en début d’année au sujet d’une opération de déguerpissement à Yopougon, immense commune d’Abidjan dont le président de l’Assemblée nationale est maire. Après une rencontre chez Gilbert Koné Kafana, le président du directoire du RHDP, puis chez Robert Beugré Mambé, ils ont finalement pu aplanir leurs 

différends. Jusqu’à quand ? À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, les deux hommes sont en effet souvent cités comme de potentiels candidats du RHDP si Alassane Ouattara choisissait de ne pas briguer sa succession

 Entre Bictogo et Bacongo, les déguerpissements de la discorde 

Par ailleurs, Ibrahim Cissé Bacongo a pesé dans l’adhésion, au RHDP, de certains exresponsables de poids du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI)

Narcisse N’Dri, l’ancien directeur de cabinet d’Henri Konan Bédié, a ainsi rejoint les rangs grâce à ses démarches, devenant même son conseiller spécial au district autonome d’Abidjan. De même, Raymond N’Dohi Yapi, ancien maire PDCI de Koumassi de 2001 à 2018, a annoncé fin 2022 son ralliement au parti présidentiel. Une adhésion ici encore facilitée par Bacongo, avec qui il entretenait des relations cordiales, malgré leur opposition lors des municipales de 2018. En coulisses, Bacongo a laissé entendre que si l’exmaire avait rejoint le RHDP en 2018, luimême ne se serait pas présenté à ces élections

Alors que le président Alassane Ouattara vient de demander à ses proches collaborateurs d’entrer en précampagne, dans la perspective de la présidentielle, cet homme de foi, fervent adepte des «<zikr» (des invocations divines), s’était déjà mis en ordre de marche. Le 25 avril, lors d’une conférence de presse, il n’avait pas hésité à tirer à boulets rouges sur l’opposition. << Gbagbo président, c’est la pire erreur de l’histoire de notre jeune nationavaitil déclaré. Il devrait être poursuivi pour haute trahison et parjure !», avant d’ajouter: «Je préfère être un mouton derrière le berger Alassane Ouattara. » 

Jean Moliere /JA

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