Une humanitaire française de l’UNICEF a été tuée dans une frappe de drone à Goma, alors que la ville, contrôlée par le M23 depuis 2025, a été visée dans la nuit du 10 au 11 mars par plusieurs détonations et survols d’appareils. Les autorités et sources humanitaires restent incapables d’établir un bilan précis, tandis que le M23 accuse Kinshasa d’être responsable, évoquant une frappe qui aurait touché par erreur une résidence du quartier Himbi. Cet épisode survient dans un contexte de conflit toujours intense dans l’est de la RDC, où drones longue portée, frappes ciblées et violations répétées des cessez‑le‑feu continuent d’alimenter l’escalade.
Pour comprendre cette nouvelle dimension que prend le conflit, nous nous sommes entretenus avec Ladd Serwat, analyste principal pour l’Afrique à l’Acled.
Attaque de drone sur Goma : de nombreuses condamnations, mais pas de coupable
Ce que l’on sait. Nos journalistes spécialistes de la RDC font le point sur la mort d’au moins une humanitaire française, Karine Buisset, en mission à Goma lors d’une attaque de drone survenue le 11 mars. « Sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on voit une maison incendiée […] située dans la concession d’un ressortissant belge, dans le quartier Himbi, près du lac Kivu. […] Cette résidence est située à une centaine de mètres de la maison d’Olive Lembe, la femme de l’ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par la justice congolaise pour son appartenance supposée à l’AFC/M23. Plusieurs sources affirment que celui-ci se trouve actuellement à Goma. L’une d’entre elles assure toutefois qu’« un important dispositif avait été déployé au sein de la résidence d’Olive Lembe la veille de l’attaque ».
Ce que l’on peut expliquer. « Qui a pris la décision d’envoyer un drone bombarder une maison dans un quartier résidentiel de Goma ? » Romain Chanson tente de répondre à cette question alors que « nul ne se hasarde à attribuer la responsabilité de cette attaque à l’une des parties au conflit qui oppose l’armée congolaise au groupe rebelle AFC/M23, soutenu par le Rwanda ». « Les premiers regards se tournent vers l’armée congolaise. […] Un autre interlocuteur, proche de la présidence congolaise, laisse entendre qu’il pourrait s’agir d’un coup monté, imaginé par les rebelles pour décrédibiliser Kinshasa. […] Sur X, le ministre rwandais des Affaires étrangères, s’en prend aux chancelleries internationales qui s’indignent “mais ne montrent pas leurs crocs” contre Kinshasa. »
Le récit, une arme comme une autre. « L’attaque de Goma est le prétexte d’une guerre des récits, qui se nourrit de l’absence de preuves et de responsables en attendant les résultats d’une éventuelle enquête », conclut notre journaliste.
Mali : pourquoi les opérations militaires russes s’essoufflent depuis l’arrivée d’Africa Corps
De Wagner à Africa Corps. Directement rattaché au ministère russe de la Défense, Africa Corps a repris en main les opérations jusque-là conduites par les mercenaires de Wagner sur le continent. Plus qu’un simple changement de structure, cette évolution marque un pivot stratégique majeur pour le Kremlin. De Bamako à Moscou, Jeune Afrique vous propose une enquête sur les méthodes et les pratiques de cette formation paramilitaire.
Le coût de l’alliance militaire. Matteo Maillard décrypte le passage de témoin entre les deux entités paramilitaires russes et dresse le bilan de l’activité de Wagner. « Selon une source ayant connaissance de cette comptabilité, depuis l’arrivée de Wagner, fin 2021, jusqu’à décembre 2025, le partenariat sécuritaire avec les Russes aurait coûté 900 millions de dollars à Bamako. »
La nouvelle stratégie du Kremlin. Dans un autre épisode, notre journaliste analyse l’évolution politique de Vladimir Poutine vers un « ralentissement du tempo opérationnel russo-malien » qui s’explique par la différence de nature entre la société militaire privée Wagner et l’entité sécuritaire Africa Corps. Cette refonte a été menée sous l’impulsion du président russe avec pour objectif d’éviter « toute nouvelle tentative d’émancipation. [Ainsi] la chaîne opérationnelle d’Africa Corps s’est structurée sous le contrôle ferme de l’État russe ».
Nucléaire, Sahara, traité d’amitié : l’agenda XXL de la relation entre Paris et Rabat
C’est à l’occasion du Sommet mondial sur l’énergie nucléaire organisé par la France que Fadwa Islah revient sur la relation bilatérale entre le Maroc et la France.
RHN. Les deux chefs de la diplomatie ont confirmé la tenue de la XVe édition de la Réunion de haut niveau (RHN), au Maroc. Ces rencontres entre chefs de gouvernement, instaurées en 1997, étaient suspendues depuis 2019 et cette longue séquence de refroidissement entre les deux pays. « Son retour à l’agenda, avec en perspective une rencontre entre Aziz Akhannouch et Sébastien Lecornu, marque une normalisation complète », indique la journaliste.
Sur le dossier du Sahara, la France ne bouge pas d’un iota depuis la reconnaissance officielle de la souveraineté marocaine sur ce territoire, en juillet 2024. Jean-Noël Barrot a salué la tenue de sessions de négociations quadripartites dans le cadre de la résolution 2 797 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Vers un traité d’amitié ? Selon la journaliste de Jeune Afrique, c’est « une question qui court dans les couloirs ». En marge du Forum interparlementaire franco-marocain organisé fin janvier 2026, le député français Karim Ben Cheikh évoquait publiquement cette piste, inspirée du modèle du traité d’Aix-la-Chapelle franco-allemand, de 2019, et du traité du Quirinal franco-italien, de 2021. Le Maroc deviendrait ainsi le premier pays non européen avec lequel la France signerait un tel accord.
Aviation, engrais, investissements : le poids de la guerre en Iran sur le continent
Sur les engrais. La fermeture du détroit d’Ormuz perturbe l’approvisionnement en urée, l’un des engrais les plus utilisés en Afrique et ailleurs dans le monde. Dans ce contexte de tensions, qui sont les gagnants et les perdants ? L’un des groupes qui pourraient tirer leur épingle du jeu est Dangote. Le groupe nigérian, récemment entré dans le club des producteurs d’urée et exportant pour l’heure majoritairement en dehors de l’Afrique (notamment au Brésil et aux États-Unis), a déjà lancé des investissements pour augmenter ses capacités de production. Il pourrait profiter des difficultés au Moyen-Orient pour pousser ses pions sur le continent et ailleurs, et développer ses exportations tout en bénéficiant de prix de vente à la hausse.
Sur le pétrole. Si la fermeture du détroit, par lequel transite 20 % de l’or noir mondial, se prolonge, Goldman Sachs estime probable que les prix dépassent les pics de 2022 (130,50 dollars) et de 2008 (147 dollars). « La crise aura une incidence rapide sur l’évolution des prix un peu partout sur le continent », ajoute Charles Thiémélé. Mais, attention, les répercussions peuvent dépasser la seule problématique du prix à la pompe. Une entreprise comme MSC a imposé « une surtaxe de guerre » sur les routes africaines en raison de risques liés au transport maritime. Des suppléments allant de 500 à 4 000 dollars par conteneur sont appliqués sur les marchandises en provenance du sous-continent indien et des pays du Golfe en direction des ports d’Afrique de l’Est, d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique du Sud.
Sur l’aviation civile. Depuis le 28 février, la fermeture de l’espace aérien du Qatar et les restrictions imposées autour des Émirats arabes unis ont bouleversé les flux reliant l’Afrique au reste du monde. Les principales compagnies africaines ont suspendu leurs vols vers la région. C’est notamment le cas de Royal Air Maroc (RAM), Ethiopian Airlines, Airlink ou Kenya Airways, qui ont temporairement interrompu leurs liaisons régulières vers plusieurs destinations du Golfe. Pour l’heure, il est difficile d’évaluer précisément les pertes économiques liées au conflit. Ethiopian Airlines, principal transporteur du continent, chiffre à 137 millions de dollars ses pertes depuis le début du conflit.
Sur les investissements du Golfe vers le continent. Ces dernières années, les monarchies du Golfe ont multiplié les promesses d’investissement en Afrique. Par exemple, en octobre 2024, l’Arabie saoudite a annoncé son intention d’investir 41 milliards de dollars. Et on se souvient que le groupe qatari Al Mansour Holding a par exemple évoqué un programme d’investissements pouvant atteindre plus de 100 milliards de dollars dans plusieurs pays. Notre journaliste Alix LAVOUÉ fait le point sur toutes ces promesses, qui pourraient bien en rester là si les monarchies doivent se concentrer sur leur région et perdent en stabilité dans les mois ou les années à venir.
Google, Amazon, Meta… Les dessous du programme d’investissement de la tech américaine en Afrique
Nouveau chapitre. Après avoir musclé la connectivité du continent en haut débit international avec leurs câbles sous-marins respectifs, meta et Google, ainsi qu’Amazon et Microsoft, cherchent à tisser la nouvelle colonne vertébrale d’un futur réseau de fibre optique à très haut débit dans l’hinterland africain, analyse Quentin Velluet. Objectif : booster le plus rapidement possible la bande passante pour amplifier l’utilisation de leurs services et de leurs applications à travers le continent.
Volte-face. Un mouvement à rebours d’une tendance en cours il y a encore quelques années, quand Meta, Google et consorts jugeaient l’investissement dans la fibre terrestre trop coûteux et fastidieux sur le plan réglementaire.
JA

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