Le 10 avril 2026, la Conseil de l’UE a approuvé le financement « Safe » pour la France et la République tchèque, portant à 18 le nombre de pays dont les demandes de financement ont été définitivement validées. Ce mécanisme s’inscrit dans un effort global de l’UE visant à accroître ses capacités de défense et son autonomie stratégique.
Le 10 avril 2026, le Conseil de l’UE a donné son feu vert au versement des prêts « Safe » (« Action de sécurité pour l’Europe ») à la France et à la République tchèque, après l’approbation des plans nationaux de défense des deux pays par la Commission européenne le 25 mars dernier. Ce mécanisme de prêts de 150 milliards d’euros de l’UE est destiné à financer des acquisitions conjointes d’équipements militaires par les États membres de l’Union européenne.
Les deux pays rejoignent ainsi la liste des 16 autres États ayant déjà reçu l’approbation de l’exécutif européen les 15 et 26 janvier derniers, puis du Conseil de l’UE, les 11 et 17 février derniers : la Belgique, la Bulgarie, Chypre, le Danemark, l’Espagne, la Croatie, le Portugal, la Roumanie, l’Estonie, la Grèce, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie et la Finlande.
La Commission doit désormais finaliser les accords de prêt afin d’effectuer les versements prochainement. La Pologne et la Lituanie sont les premiers pays à signer les accords, a annoncé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 7 mai dernier.
Le programme Safe, suite à son adoption en mai 2025, a « suscité un vif intérêt » chez les pays de l’Union européenne, avait relevé la Commission européenne en septembre dernier : « 19 États membres ont déjà exprimé leur intention d’y participer et ont sollicité un soutien excédant le budget disponible« . Les pays ayant demandé des fonds devaient ensuite finaliser leur requête et l’envoyer à la Commission européenne avant le 30 novembre 2025.
La Pologne en tête des pays récipiendaires, la Hongrie toujours dans l’attente
Les validations par la Commission et le Conseil interviennent après que l’exécutif européen a dévoilé, le 9 septembre 2025, la répartition provisoire des 150 milliards d’euros du mécanisme Safe entre les États membres ayant présenté une demande de financement. Pour la plupart des pays, le montant provisoire a été confirmé par l’approbation de la Commission européenne. Pour d’autres, l’allocation définitive diffère légèrement du montant provisoirement défini en septembre.
Roumanie (16,7 milliards) et la France (15,09 milliards), juste devant l’Italie (14,9 milliards). Les pays baltes obtiennent des fonds relativement importants, plus élevés que ceux du Danemark ou la Finlande par exemple.
Toutefois, le président nationaliste polonais, Karol Nawrocki, a mis son veto le 12 mars dernier à une loi permettant à la Pologne de bénéficier du prêt Safe, accusant le dispositif de porter atteinte à la souveraineté du pays et d’être un outil de pression de Bruxelles sur Varsovie. Mais le gouvernement pro-européen de Donald Tusk a prévu un plan de contournement permettant à la Pologne d’accéder au prêt. Il a ainsi adopté un décret qui permet d’allouer le prêt européen au « fonds de soutien des forces armées » par le biais de la banque publique de développement BGK. Mais ce mécanisme de secours impliquerait une perte probable de près de 3 milliards d’euros sur les 43,7 milliards qui auraient dû bénéficier aux forces de l’ordre et aux infrastructures critiques.
Sur les 19 pays récipiendaires, la Hongrie est désormais le seul de l’UE à attendre que la Commission approuve le prêt Safe, dont le montant provisoire s’élève à 16,22 milliards d’euros. Bruxelles aurait accepté de revoir la candidature de la Hongrie, à la demande du nouveau Premier ministre Péter Magyar, élu le 12 avril dernier face à Viktor Orbán.
Comment fonctionne le mécanisme Safe ?
Le dispositif Safe a été présenté le 4 mars 2025 par la Commission européenne dans le cadre du plan ‘ReArmEurope », renommé a posteriori « Readiness 2030 » (« État de préparation pour 2030 »). Au sein de ce plan ambitieux visant à augmenter les dépenses de défense à l’échelle de l’Union européenne, le mécanisme de prêts Safe doit permettre d’investir dans des domaines clés : défense antimissile aérienne, drones, munitions, mobilité militaire…
Adopté le 27 mai 2025 par le Conseil de l’UE, il vise à renforcer la base industrielle de défense européenne en soutenant la production, la disponibilité et la compatibilité des équipements, afin d’accroître la capacité autonome de l’Europe à se défendre.
Concrètement, cet outil se décline sous forme de prêts à long terme, accordés par la Commission européenne à des taux préférentiels, avec une durée maximale de remboursement de 45 ans. Les bénéficiaires doivent être établis dans l’Union européenne, en Norvège ou en Ukraine, et ne pas être sous contrôle étranger. Safe permet aux États d’effectuer des acquisitions conjointes d’armements avec au moins deux pays participants, dont un membre de l’UE. Afin de renforcer l’industrie de défense européenne, au moins 65 % de la valeur du produit final devra provenir de l’UE, d’Ukraine, d’un pays de l’Espace économique européen ou de l’Association européenne de libre-échange.
L’instrument ouvre aussi la voie à une coopération avec les pays en voie d’adhésion ou les candidats potentiels à l’adhésion, ainsi qu’à des pays tiers ayant conclu un accord international avec l’UE comme la Moldavie, l’Albanie, la Corée du Sud, le Japon, le Royaume-Uni ou encore le Canada. Ce dernier est d’ailleurs devenu le 15 février 2026 le premier État non européen à participer officiellement au dispositif. Il ne peut pas bénéficier d’un prêt Safe, mais pourra en revanche être associé aux achats conjoints lancés dans le cadre du programme. L’accord UE – Canada doit encore être approuvé par le Parlement européen pour entrer en vigueur.
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