« Le Hezbollah a été créé à Téhéran, par un décret de l’ayatollah Khomeini », affirme Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes
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« Le Hezbollah a été créé à Téhéran, par un décret de l’ayatollah Khomeini », affirme Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes

Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes, était l’invité du Face à Face d’Apolline de Malherbe sur RMC et BFMTV ce mercredi 15 avril.

Depuis les années 80, le Hezbollah s’impose au Liban.

HEZBOLLAH A PRIS EN OTAGE NOS AMIS LIBANAIS DEPUIS DES DÉCENNIES», RAPPELLE MANUEL VALLS.

Israël a engagé à partir du 1er mars 2026 une vaste offensive armée contre le Hezbollah au Liban en réponse à tirs de missiles du parti chiite. À cette occasion, retour sur les origines du «parti de Dieu».

Né en 1982 dans le contexte de la guerre civile libanaise et de l’opération “Paix en Galilée”, la deuxième invasion du Liban par Israël, le Hezbollah se révèle difficile à saisir. Milice armée, organisation islamique chiite, parti politique, entrepreneur social, comment le Hezbollah a-t-il évolué ?

Depuis sa création, en 1982, le Hezbollah appelle à résister contre Israël, qui, dans le même temps, s’en prend régulièrement à ses infrastructures militaires et civiles. Les origines du Hezbollah remontent au début des années 1980 lors de l’invasion israélienne du Liban.

L’archive en tête de cet article est datée de 2006. À l’époque, Israël et le Hezbollah étaient en guerre après une attaque du parti libanais contre des soldats israéliens à la frontière entre les deux pays. La guerre allait durer 33 jours, et les deux partis crieront respectivement victoire. Il s’agit de la dernière grande confrontation entre les deux.

Le journal de 13 h de France 2 en profitait ainsi pour revenir sur les origines du Hezbollah. « Le parti de Dieu » est la seule milice, issue de la guerre du Liban de 1975 à 1990, à ne pas avoir été désarmée. Le parti a conservé ses armes au nom de la « résistance contre Israël », dont l’armée s’est retirée progressivement du Liban jusqu’à évacuer, en mai 2000, le sud du pays après 22 ans d’occupation.

Comme il est rappelé dans l’archive en tête de cet article, le Hezbollah est soupçonné d’être impliqué dans différents attentats perpétrés au Liban au cours de la guerre civile, notamment contre les Français et les Américains en 1983. Plus récemment, le parti a été accusé d’être derrière l’attentat visant l’ancien premier ministre Rafic Hariri en 2015 et qui a lourdement déstabilisé le pays. « Le rêve du parti est l’instauration d’un état islamique à l’Iranienne, mais la mosaïque communautaire du Liban entrave ce projet », est-il dit dans le reportage de 2006.

Hassan Nasrallah, dirigeant populaire

Depuis 1992, le parti était dirigé et incarné par son secrétaire général, Hassan Nasrallah, tué le 27 septembre 2024 dans une frappe israélienne à Beyrouth. France 3 le présentait ci-dessous.

C’est une organisation dont le nom signifie « parti de Dieu ». Elle est à la fois paramilitaire et politique, et sa branche armée est classée terroriste par l’Union européenne. Hezbollah, un mot que personne ne connaissait au tout début des années 1980, un nom ensuite incontournable dans les actualités pour plusieurs générations.

1982, la naissance du Hezbollah

Le Hezbollah naît en 1982, en réaction à l’invasion israélienne du Liban, qui intervient après une première invasion par Israël en 1978. L’État hébreu cherche alors à détruire l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Elle est présente au Liban depuis les années 1960, et son implantation est redoublée par la présence d’un grand nombre de réfugiés palestiniens sur le sol libanais, depuis l’exode de 1948, la “Nakba”.

Israël occupe ainsi une partie du Sud-Liban, et ce jusqu’en 2000. Le Hezbollah se forme et s’arme pour lutter contre cette occupation, dans la clandestinité. À sa création, l’organisation militaire a besoin d' »annexes civiles, à la fois sociales, mais surtout de communication« , explique Aurélie Daher, politologue et historienne, autrice de Le Hezbollah. Mobilisation et pouvoir (PUF, 2014). « Il faut mobiliser, communiquer, expliquer aux Libanais ce qu’on est en train de faire, les encourager à soutenir. Donc cette partie militaire va créer au fur et à mesure, dans les mois qui suivent, une petite constellation de premières institutions, une télé, une radio, puis des institutions sociales. C’est cette constellation qu’on va appeler le Hezbollah. » L’organisation est rapidement soutenue militairement et financièrement par la jeune République islamique d’Iran, dirigée depuis 1979 par l’ayatollah Khomeini.

1985, l’officialisation de l’organisation

En 1985, une “Lettre ouverte aux opprimés de la terre” officialise l’existence du Hezbollah, avec son nom, qui signifie en français le “parti de Dieu”, et un ensemble doctrinaire à la fois religieux et politique. L’organisation se proclame radicalement anti-impérialiste, et désigne Israël, les Juifs, et les États-Unis comme ses premiers ennemis. « Il est très clair que, pour les dirigeants du Hezbollah, Israël n’a pas sa place en tant qu’État dans la région« , précise Dominique Avon, historien, co-auteur de Le Hezbollah. De la doctrine à l’action, une histoire du « parti de Dieu » (Éditions du Seuil, 2010). « Le discours, par exemple, sur le djihad, est [présent] dès la naissance du Hezbollah, en 2009, et encore en 2024. On peut reprendre tous les discours ou les textes fondateurs, cette évocation d’un djihad contre Israël est une permanence, dans le discours. […] On a le djihad, et la négociation possible sur le court terme [avec l’État d’Israël].« 

L’organisation appelle aussi de ses vœux une révolution islamique générale. Elle se place sous l’égide du Guide suprême de la Révolution iranienne, qui est alors l’ayatollah Khomeini. En ce qui concerne la politique intérieure libanaise, le Hezbollah a pour objectif la mise en place d’un État islamique.

2000, la popularité grandissante du Hezbollah

En 2000, Israël se retire du Sud-Liban sans contrepartie. Ce retrait est revendiqué comme une victoire miraculeuse par le Hezbollah. Cet événement détermine la grande popularité du Hezbollah au Liban et dans le monde arabe. Organisation religieuse et militaire, qualifiée de terroriste par de nombreux pays, le Hezbollah est aussi devenu un parti politique, le premier parti du Liban, qui compte des députés au Parlement depuis 1992, et dispose d’une base populaire importante.

Le Hezbollah est aussi un acteur social au plus près de la population du sud du Liban, qui multiplie les activités, de la mise en place d’une banque de microcrédit en passant par des actions caritatives, culturelles, éducatives ou de santé. Face à un État libanais jugé faible, et dont la faiblesse a sans doute en partie permis l’émergence du Hezbollah, l’organisation apparaît pour certains commentateurs comme un “État dans l’État”, qui contribue encore à affaiblir le système étatique libanais.

Pourtant, si la partie militaire du Hezbollah semble souvent autonome, voire incontrôlable, le Hezbollah dans son volet civil et politique joue néanmoins le jeu institutionnel et politique libanais. Les États-Unis et l’Union européenne ont tout de même placé le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes.

Dans le même temps, il a développé l’arsenal de sa formation, qui selon lui compte 100 000 combattants, et dispose de puissantes armes, dont des missiles de haute précision.

Depuis le début de la guerre à Gaza entre le Hamas et Israël après l’attaque du 7 octobre 2023, celui qui arborait le turban noir des Sayyed, les descendants du prophète Mahomet dont il se réclamait, avait ouvert le front du sud du Liban pour soutenir son allié palestinien. De fait, il décidait de la guerre ou de la paix au Liban.

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