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Attaque mortelle à Crépol : la diffusion du prénom des suspects, une délicate question

Meurtre de Thomas à Crépol : ces prénoms qu’il faudrait taire.

OMERTA. Depuis le meurtre de Thomas, à Crépol, l’information semble être devenue enjeu idéologique et politique.

Yannick est le prénom de l’homme qui a agressé Mourad au cutter le 17 novembre dans le Val-de-Marne. Il est sorti dans la presse, sans réactions, peu de temps après les détails de cette odieuse agression précédée d’insultes racistes. Ilyes, Chaïd, Yasir, Mathys, Fayçal, Kouider et Yanis sont ceux des jeunes majeurs placés en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Thomas Perotto. Eux n’ont pas été diffusés par la presse, jusqu’à maintenant, dans le JDD. Pour les obtenir, nous avons multiplié les demandes et constaté la crainte de tous les acteurs qui pourraient livrer l’information. Jusqu’à tomber sur l’un d’eux, qui peut être issu du monde politique, de la justice ou des forces de l’ordre, et qui ne supporte plus « ce qu’il se passe, et ce que personne n’assume de dire ». Ce qui est significatif n’est certainement pas la recherche de concurrence entre des victimes qui méritent la même considération. C’est plutôt la récurrence du profil des agresseurs. À Crépol, leurs prénoms gênent, au point d’être tus. « Notre identité ne s’est jamais bâtie ni sur le rétrécissement, ni à des prénoms ni à des formes de crispation. » Quand Emmanuel Macron prononce cette phrase, en septembre 2021, il répond sans le nommer à Éric Zemmour qui avait répété quelques jours plus tôt, au micro de Jean-Jacques Bourdin, sa volonté d’imposer le choix de prénoms français, en France : « Soit le prénom n’est rien […] et je ne vois pas pourquoi on ne donnerait pas un prénom français, soit il est un marqueur de l’identité […] et là il faut justement donner des preuves d’amour. » À l’époque, la proposition fait réagir : le débat est jugé inutile, indécent, absurde. Gérald Darmanin le balaie, évoquant son (deuxième !) prénom, Moussa, affirmant qu’on est français par la volonté, non par le prénom choisi par ses parents. Il n’est pas l’heure de trancher ce débat, mais force est de reconnaître que les prénoms sont devenus un enjeu politique.Lorsque Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, se tient devant la commission des lois du Sénat, le 5 juillet 2023, et qu’une sénatrice l’interroge sur le lien entre l’immigration et les émeutes, c’est avec des prénoms qu’il choisit de relativiser : « Oui il y a des gens qui apparemment pourraient être issus de l’immigration. Mais il y a eu beaucoup de Kévin et de Mattéo si je peux me permettre. » Ce jour-là, le prénom devient une statistique ethnique déguisée : deux prénoms révèlent, pour le ministre, que tous les émeutiers ne sont pas issus de l’immigration. Qu’il y a aussi des « Français de souche », dont l’existence est parfois contestée…Quatre mois plus tard, la France apprend, sidérée, la mort de Thomas Perotto, 16 ans, poignardé à mort à la sortie d’un bal populaire.

Des jeunes sont interpellés, gardés à vue, présentés au parquet. On connaît leur âge, leur sexe, leur nationalité, leurs lieux de naissance et de résidence. Il ne manque qu’une information : les prénoms, que le parquet est pourtant habilité à donner pour des personnes majeures. Le prénom aurait-il, finalement, un sens ? Mercredi matin, Gérald Darmanin aurait montré à un collègue la liste des suspects placés en garde à vue dans le dossier du meurtre de Thomas. C’est Le Figaro qui rapporte la réaction du ministre en question, anonymement : « Ils sont français, mais pas un seul ne porte un prénom à consonance française. » La règle est donc l’omerta.Parce que derrière le prénom se cache finalement la question de l’identité : les suspects de Crépol semblent majoritairement issus de l’immigration. Certains le savent et veulent que cela se sache : ils réclament la publication des prénoms. D’autres le savent et veulent le cacher : pendant huit jours, ce sont eux qui ont gagné. Donner les prénoms serait jeter de l’huile sur le feu. Quel feu exactement ? Pourquoi d’autres prénoms ne jettent aucune huile, sur aucun feu, malgré une même condamnation des actes de délinquance ou de criminalité ? La réponse mériterait d’être formulée par ceux-là mêmes qui utilisent l’expression. Donner les prénoms serait discriminant et raciste. Mais ne pas donner ces prénoms-là, et révéler ceux de Kévin et Mattéo, qu’est-ce exactement ? Pourquoi une telle discrimination, c’est-à-dire distinction, selon que le prénom est « à consonance française » ou étrangère ?

Source: JDD