25 octobre 2026 by CONTIENENT MEDIA

Belgique, Espagne, Italie, France… : la colère de la jeunesse monte contre un capitalisme pourrissant

La situation en France connaît des échos dans plusieurs autres pays du continent, secoués par des mobilisations naissantes de la jeunesse qui marche dans les pas des lycéens français. Dette, démantèlement des services publics, militarisation et mise au pas de la jeunesse : les projets de la bourgeoisie européenne font face aux premiers soubresauts d’une résistance prometteuse.

Depuis plusieurs semaines, des centaines de milliers de lycéens se mobilisent en France contre la dégradation de leurs conditions d’études et de vie, mais aussi contre l’absence de perspectives que leur impose la bourgeoisie entre misère et militarisation. Loin d’être isolé, le phénomène massif, radical et aux airs de « Grand Refus » qui traverse la jeunesse du pays s’inscrit dans une dynamique d’échelle européenne.

Le vieux continent commence à trembler au rythme des révoltes de la jeunesse, dans les lycées allemands, belges, italiens, français et espagnols. Et bien que ces mouvements n’aient pas la même ampleur, ils se font l’écho du mal-être plus profond qui touche des couches entières des classes populaires de leurs pays. Consciente ou non, cette convergence internationaliste de la jeunesse montre la voie pour lutter contre l’avenir exécrable que lui réserve le capitalisme dans les années à venir.

En Belgique, le mouvement lycéen contre les coupes budgétaires et l’austérité dans l’éducation

En Belgique, des lycées de plusieurs villes ont connu des blocus depuis le 1er octobre et des centaines de jeunes ont choisi de s’inspirer de leurs voisins français pour se mobiliser pour les mêmes raisons. À Liège, le mouvement lycéen a été particulièrement dynamique avec une manifestation, mercredi 7 octobre, qui a réuni plus de 1000 personnes.

La jeunesse dénonce les réformes du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment les 500 millions d’euros d’économies prévues dans l’enseignement d’ici 2029 afin de réduire le déficit budgétaire. Cette attaque se fait d’ailleurs dans le contexte d’une hausse du budget fédéral pour l’armement et la militarisation. Parmi les attaques dénoncées par les lycéens, la hausse des frais d’inscription dans le supérieur et l’augmentation du temps de cours imposé à certains enseignants, de 20 à 22 heures par semaine, sans augmentation de salaire, fait scandale. Comme l’indique à l’AFP Olivia Naime, lycéenne de 17 ans à Liège « On vient soutenir les professeurs, on voit qu’ils ont une surcharge de travail qui nous impacte directement. On est là pour montrer qu’on est avec eux ».

Ces attaques aux conditions de travail des enseignants sont masquées par la politique budgétaire de la fédération et de l’État fédéral. Dans la même lignée, le budget militaire de l’Etat fédéral belge est passé de 0.9% du PIB en 2023 à 2% du PIB en 2025 et devrait passer à 2.5% d’ici à 2034. Des sommes colossales qui visent à acheter des F-35 et autres armes lourdes, ainsi qu’à financer une hausse généralisée des effectifs militaires. Une perspective que le gouvernement de la coalition Arizona a mis en œuvre en créant un service militaire volontaire qui a recruté déjà 500 jeunes en 2026. Une situation que les lycéens belges dénoncent, comme Eliana, lycéenne qui accuse le gouvernement de couper dans les services publics pour « investir dans la guerre ».

Ce vendredi 9 octobre, la mobilisation s’est étendue à Bruxelles, où plus de 50 000 personnes ont manifesté dans le centre-ville. Comme en France, la répression a été brutale : de nombreuses images et témoignages de violences policières contre des mineurs circulent, des coups de matraques aux interpellations violentes par dizaines.

En Italie, la jeunesse lycéenne contre Meloni

Au sud des Alpes, la jeunesse italienne a accueilli les révoltes françaises avec enthousiasme. À quelques heures de la frontière, les lycéens de Turin ont occupé deux de leurs établissements lundi soir, avant que la mobilisation ne s’étende à d’autres lycées, puis d’autres villes. Dans la capitale du pays, plusieurs lieux d’études supérieurs de Rome ont été occupés, dont le lycée Cavour, pour dénoncer les conditions d’études dégradées et la militarisation. Un même slogan revient partout : faire « Comme en France » pour lutter contre les politiques austéritaires et réactionnaires de Meloni.

Certains secteurs de la jeunesse étudiante et travailleuse italienne diffusent aussi un appel à se mobiliser le 17 octobre, s’inspirant des appels pour cette même date en France. Mais le mouvement est avant tout motivé par ses propres caractéristiques dans la situation politique italienne. En effet, le gouvernement cherche à faire passer une loi pour « lutter contre l’antisémitisme » qui vise à assimiler les critiques du gouvernement israélien à de l’antisémitisme. Une loi considérée comme une « loi-bâillon » par Amnesty International qui a mis en mouvement le lycée Cavour, faisant écho directement aux mobilisations massives qui avaient eu lieu entre septembre et octobre 2025 contre le génocide en Palestine. Les occupations en cours préparent d’ailleurs une coordination directe avec les travailleurs italiens, en appelant à une journée de grève nationale le 30 octobre contre la guerre et la vie chère, en lien avec le syndicat USB.

Dans l’État Espagnol, la colère de la jeunesse contre les fonds vautours de l’immobilier

Plus à l’Ouest du continent, la jeunesse de l’État Espagnol mène depuis déjà plusieurs semaines une lutte acharnée contre une autre incarnation de la décadence du capitalisme : le « rentisme » des grands groupes immobiliers et fonds de pensions qui expulsent par milliers les classes populaires et empêchent les jeunes d’avoir accès à des conditions de vie dignes. L’expulsion d’une femme de 87 ans de l’appartement où elle vivait depuis 1956 après le rachat de son logement par un fond vautour a déclenché le mouvement. Maricarmen, malheureusement décédée ce jeudi 8 octobre, est perçue par une grande partie de la jeunesse espagnole comme la victime d’un système profondément injuste où les grands groupes de l’immobilier décident pour la vie de millions de personnes.

Depuis des milliers de travailleurs et de jeunes occupent la place de la Puerta del Sol. À Madrid, 300 000 personnes ont manifesté le 26 septembre. À Barcelone, ils étaient 120 000, le 5 octobre. Le gouvernement de Sanchez tente aujourd’hui de canaliser la mobilisation en prononçant la dissolution de l’assemblée et en convoquant des élections en novembre, mais l’appel intersyndical à une journée de grève nationale le 11 novembre prochain et le choc de la mort de Maricarmen pourraient laisser présager d’une nouvelle extension de la mobilisation.https://www.youtube.com/embed/D-ae6cTdf5o?si=3FhV6TDBvA6IydHd

En Allemagne, la lutte du mouvement lycéen contre la militarisation

En Allemagne, où le mouvement lycéen se forge depuis plusieurs mois dans la lutte contre la militarisation, 50 000 lycéens ont manifestés ce 25 septembre dans tout le pays contre le retour du service militaire et les tendances à la remilitarisation du pays que souhaitent les classes dominantes. De cette dynamique et en lien avec les tendances sur tout le continent, un appel à une grève internationale de la jeunesse contre la militarisation, la montée de l’extrême droite et le génocide a été lancé pour le 20 novembre prochain.

Une convergence internationaliste de la jeunesse contre les projets des bourgeoisies européennes

Cette vague qui touche les principaux pays capitalistes de l’Europe continentale exprime quelque chose de très profond. Elle dépasse le cadre d’une simple réaction conjoncturelle à une offensive d’un gouvernement mais traduit une tendance lourde à la mobilisation de la jeunesse contre l’ensemble de la société et de l’avenir que lui propose les classes dominantes. En Espagne, en Allemagne, en Italie, en France ou en Belgique, les mobilisations de la jeunesse européennes ont beau s’appuyer sur des revendications différentes, elles dénoncent un même système capitaliste à bout de souffle, incapable de proposer d’offrir la moindre perspective d’émancipation pour la jeunesse du continent.

Face à la militarisation, à la guerre, aux génocides et à la complicité des Etats impérialistes, comment croire une seconde dans les discours qui visent à présenter la situation actuelle comme idéale, alors qu’elle est le produit du pourrissement politique, économique et morale de la société bourgeoise néolibérale ? Les mobilisations en cours de la jeunesse européenne doivent désormais trouver le chemin de l’alliance avec la classe ouvrière du continent qui peuvent propulser les aspirations et leurs propres revendications en construisant un rapport de force décisif, par la grève, l’auto-organisation et les méthode sde la lutte des classes.

Tandis que l’Intersyndicale en France enjambe le 17 octobre en appelant au 5 novembre, abandonnant les lycéens à la répression dans l’intervalle, malgré un nouvel appel à la mobilisation de la CGT le 13 octobre, les grèves italiennes et espagnoles à venir montrent le chemin. De son coté, la convergence entre travailleurs et étudiants dans le sillage des mobilisations anti-coloniales de septembre et octobre 2025 en Italie témoigne du fait qu’il est non seulement possible de faire reculer l’extrême droite pro-génocide de Meloni – dont la politique étrangère est désormais sous la surveillance des masses – mais que l’alliance des lycéens, des étudiants et des travailleurs ouvrent des possibilités énormes.

Source : RP

Tags : No tags found

Nous décryptons pour vous l'essentiel de l'actualité africaine. De la politique à l'économie, en passant par la culture, la technologie et les enjeux sociétaux, Continent Media se veut le miroir d'une Afrique plurielle et dynamique. Notre objectif ? Offrir un regard juste, indépendant et approfondi sur les événements qui façonnent le continent.
Restons en contact Une info à nous partager ? Une suggestion ou un partenariat ? Notre équipe est à votre écoute :
🌐 Site web : www.continentmedia.fr
📧 E-mail : contact@continentmedia.fr
📞 Téléphone : +33 (0)7 82 36 61 12