25 octobre 2026 by CONTIENENT MEDIA

En Belgique, la mobilisation des jeunes continue dans le sillage de leurs voisins français

Plusieurs centaines de personnes étaient réunies samedi dans le centre de Bruxelles, une semaine après la mobilisation du 17 octobre et ses débordements. Moins nombreux que lors des précédents rassemblements, les manifestants ont témoigné de leur solidarité envers la jeunesse en colère.

Ils sont quelques centaines, rassemblés sur la place de l’Albertine de Bruxelles en ce samedi 24 octobre au midi. Réunis suite à l’appel du Front des mères, un collectif de mères des quartiers populaires bruxellois, leur message est clair : « il faut montrer aux jeunes qui se battent pour leurs droits qu’ils ne sont pas seuls », tonne au micro Selma Benkhelifa, veston rouge vif sur le dos.

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« Dire que les personnes qui étaient dans la rue samedi dernier n’ont pas de revendications politiques est complètement faux, poursuit cette mère de famille et avocate pénaliste, venue avec sa fille au rassemblement. Il suffit de les écouter pour les connaître. » Autour d’elle, la foule est moins nombreuse que lors des derniers rassemblements. Les jeunes des quartiers populaires, notamment, manquent à l’appel. Une conséquence de l’importante répression opposée au mouvement, selon celle qui défend de nombreuses victimes de violences policières.

En Belgique francophone, la jeunesse a commencé à se mobiliser plus tôt qu’en France : les élèves de l’enseignement secondaire ont rejoint leurs professeurs dans la rue dès juin 2026, protestant contre une réforme du gouvernement d’Élisabeth Degryse, la ministre-présidente de la communauté française de Belgique. Adopté par le Parlement le 5 juin, le texte prévoit notamment une augmentation du temps de travail des enseignants sans revalorisation salariale et la hausse du minerval, le droit d’inscription dans les établissements d’enseignement supérieur.

« Les Belges se sentent concernés par ce qui se passe en France »

Coupée par l’été, la mobilisation a repris de plus belle au début du mois, culminant le vendredi 9 octobre lors d’une manifestation syndicale contre les coupes budgétaires ayant rassemblé entre 30 et 50 000 personnes à Bruxelles, puis le 17, en écho aux manifestations françaises. Comme en France, plusieurs commerces du centre-ville ont été dégradés à cette occasion, et des centaines de manifestants arrêtés.

Si la mobilisation de la jeunesse belge francophone a ses propres revendications et a commencé avant celle des lycéens français, les deux mouvements sont en lien. « Les Belges se sentent concernés par ce qui se passe en France, parce que les problèmes sont similaires ici », explique Lila*, étudiante habituée des cortèges bruxellois. Samedi dernier, les organisateurs des manifestations bruxelloises se sont inspirés de celles qui avaient lieu en même temps en France, et ont spontanément appelé sur les réseaux sociaux à se joindre au mouvement. « Quand on a fait la révolution en Belgique, le premier drapeau qu’on a hissé était le drapeau français », rappelle en souriant son ami Gaston*, étudiant également.

Comme ses voisins français, le cortège bruxellois, qui s’élance à 14 heures vers le centre-ville, est marqué par sa défiance envers les forces de l’ordre. Les policiers en civils, épinglés par plusieurs vidéos de violences circulant sur les réseaux sociaux, sont particulièrement visés. Masqués, tout de noir vêtus et se tenant en groupe quelques mètres derrière la foule, ils ne sont pas discrets. Trois d’entre eux sont pris à partie au pied de la tour du Midi, et repoussés hors de la manifestation sous les chants clamant « Tout le monde déteste la police ».

« Ils privent cette génération d’avenir »

Arrivé à la gare de Bruxelles Midi, le cortège est rejoint par quelques dizaines de jeunes, informés de sa progression par les diffusions en direct sur les réseaux sociaux assurées par certains manifestants. Vite, la situation se tend : en route vers la Porte de Hal, la foule est bloquée par des barrages policiers. Perché sur une table de ping-pong, un homme fait un compte à rebours, et les manifestants tentent de percer la nasse. Les policiers gazent, les yeux rougissent. Contraint de faire demi-tour, le cortège tourne sans but dans le quartier, suivi du ciel par un hélicoptère et cueilli à chaque croisement par les forces de l’ordre. Vers 17 heures, il est à nouveau encerclé square de l’Aviation, à quelques centaines de mètres de la gare.

Au centre-ville, certains commerçants ont barricadé leurs établissements, par peur de débordements similaires à ceux du 17 octobre. D’autres, comme Karim*, qui tient avec son fils une sandwicherie à deux pas de la place Fontainas, ont « peur », mais comprennent les jeunes. Samedi dernier, policiers et manifestants s’affrontaient devant sa boutique. « Tout cela est de la faute du gouvernement, déplore-t-il. Ils privent cette génération d’avenir, et s’étonnent ensuite qu’elle se batte pour ses droits. Il ne faut pas comprendre un camp et pas l’autre. »

De l’autre côté de la place, rue d’Anderlecht, une porte volontairement anonyme mène au Nest, un local créé en juin qui accueille, soigne et oriente les jeunes lors des manifestations. Marqués par le nombre d’enfants blessés lors des affrontements avec les forces de l’ordre, les bénévoles ont ouvert ce lieu pour « prendre soin les uns des autres, en particulier de celles et ceux qui y ont moins accès. » Samedi, aucun jeune blessé n’est venu pousser la porte du Nest.

Source. La Croix

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