Les révélations du procureur sur le rôle d’Ibrahim Cissé Bacongo dans la destruction de 250 logements à Koumassi affaiblissent le secrétaire exécutif du parti présidentiel. Elles questionnent aussi l’encadrement de ces opérations de démolition qui se sont multipliées à Abidjan.
Qui a ordonné, le 3 juin, la destruction de 250 logements répartis sur six hectares à Koumassi Campement? Près de quatre mois après le déguerpissement brutal de centaines de familles et de commerçants de ce quartier d’Abidjan, l’enquête, toujours en cours, livre ses premiers résultats.
Lors d’une conférence de presse organisée ce 16 septembre, le procureur du tribunal d’Abidjan, Oumar Braman Koné, a révélé que le ministre-gouverneur du district autonome de la capitale économique, l’ancien maire de Koumassi Ibrahim Cissé Bacongo, avait reconnu avoir déclenché cette opération. Cette intervention, en pleine saison des pluies et en période d’examens, avait suscité une vive émotion.
Plan Orsec
Auditionné le 24 juin par les enquêteurs, Ibrahim Cissé Bacongo, également secrétaire exécutif du
Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), a affirmé avoir agi dans le cadre du plan Orsec, un dispositif de prévention et de gestion des catastrophes. << Les investigations sont en cours pour déterminer si ce plan s’appliquait en la matière et déterminer [le degré d’implication de Cissé Bacongo] dans ces démolitions »>, a précisé le procureur. Le dispositif Orsec relève en principe de la préfecture.
Cette version des faits contraste avec les déclarations de la ministre de la Cohésion nationale, Myss Belmonde Dogo. Deux jours après les démolitions, elle s’était rendue auprès des familles encore en attente d’une solution de relogement. <<Nous tenons à préciser que cette opération n’a pas été initiée par le gouvernement », avait-elle assuré, évoquant << une procédure judiciaire initiée par un particulier >>.
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La question de l’implication des autorités restait alors entière. Comment une entreprise de démolition d’une telle ampleur, mobilisant des moyens importants et le concours de la force publique, avait-elle pu être menée sans l’aval des autorités? Devant les enquêteurs, le directeur des services techniques du district autonome a reconnu avoir requis des agents de police pour sécuriser l’opération sur instruction d’Ibrahim Cissé Bacongo.
<< Contradictions et incohérences >>
<<Je voudrais de façon claire préciser que le ministre gouverneur du district d’Abidjan est placé sous l’autorité du Premier ministre. Si l’on considère qu’il est membre du gouvernement, alors sa responsabilité sera engagée devant la Haute Cour de Justice », a assuré Oumar Braman Koné. Cette juridiction n’est toutefois pas opérationnelle en Côte d’Ivoire.
Quelques jours après l’opération, un certain Jacques
Alloui Brou avait assuré dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux être à l’origine de ces démolitions permises, selon lui, par une décision de justice. Selon le procureur, la décision évoquée portait en réalité sur cinq habitations. Interpellé le 18 juin, Jacques Alloui Brou attend en prison son procès pour << troubles à l’ordre public >> et << destruction volontaire de biens d’autrui ». A- t-il été instrumentalisé? Et si oui, par qui?
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Selon son fils aîné, lui aussi entendu par les enquêteurs, il aurait <<été joint par téléphone à plusieurs reprises par le député RHDP de Gouméré-Tabagne qui exigeait que [son] père assume, dans une vidéo destinée à être diffusée sur les réseaux sociaux, la responsabilité des démolitions. » Le député est actuellement sous le coup d’investigations << pour aider à la manifestation de la vérité »>> compte tenu de son << rôle déterminant » dans ce dossier selon le Procureur. « Les différentes contradictions et incohérences sont en train d’être résolues », a assuré ce dernier face à l’étendue des zones d’ombre qui entourent encore cette affaire.
Des méthodes jugées brutales
Depuis sa nomination à la tête du district autonome d’Abidjan en décembre 2023, en remplacement de Robert Beugré Mambé nommé Premier ministre, Ibrahim Cissé Bacongo a accéléré le rythme des déguerpissements,
quitte à bousculer certains élus locaux et à se mettre à dos une partie de la population. En juin, plusieurs autres quartiers ont ainsi été détruits sous des pluies diluviennes. Ses détracteurs dénoncent régulièrement des << méthodes brutales », l’absence de mesures de relogement immédiat et d’indemnisations suffisantes pour les populations sinistrées.
Droit dans ses bottes, Ibrahim Cissé Bacongo assume sa
politique du «<< bulldozer » et répète suivre le cap fixé par le président Alassane Ouattara : <«<lutter contre le désordre urbain et l’insalubrité, et contribuer à l’assainissement dans le district>>. Mais après plusieurs polémiques, celle de Koumassi Campement n’est-elle pas celle de trop pour ce fidèle du chef de l’État, plusieurs fois ministre, plus que
jamais fragilisé? Au lendemain de la conférence de presse du procureur, aucun représentant du gouvernement et du RHDP n’avait réagi à ses révélations.
JM Source JA