14 octobre 2026 by CONTIENENT MEDIA

MANCHESTER CITY : RETOUR SUR LA PLUS GRANDE FRAUDE DE L’HISTOIRE DU SPORT BRITANNIQUE.

n septembre 2026, une commission indépendante de la Premier League a reconnu Manchester City coupable de 114 des 115 chefs d’accusation déposés contre lui en 2023. Les faits couvrent la période 2009-2018 pour les comptes, et s’étendent jusqu’en 2023 pour entrave à l’enquête. Le club est accusé d’avoir gonflé ses recettes de plus de 1 milliard d’euros via des contrats de sponsoring fictifs, et d’avoir dissimulé une partie des salaires. City a fait appel le 1er octobre et clame son innocence.

Si vous débarquez sur la planète foot, une recontextualisation s’impose. Fondé en 1880 (1894 pour les puristes), Manchester City connaît une période faste dans les années 1960-1970, puis le déclin. Dans les années 1990, il touche le fond avec deux relégations en trois ans et une descente en troisième division. Pendant des décennies, City n’est qu’un club lambda, qui partage la même ville que Manchester United sans jamais la lui disputer (les vrais rivaux des Red Devils étant Liverpool et Leeds). United, c’était le plus grand club anglais, une dynastie de gloire où les trophées et les grands joueurs se succédaient, une équipe incontournable du football mondial (très loin de la formation médiocre que c’est devenu). City, lui, n’était que le club ouvrier, qui survivait financièrement et sportivement dans la précarité. 

Puis arrive 2008 et le rachat du club par l’Abu Dhabi United Group (ADUG), fonds d’investissement détenu par Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan et contrôlé par le gouvernement émirati. Le club est alors propulsé dans la stratosphère. En 2009, après une victoire 4-3, Alex Ferguson (l’entraîneur historique de United pendant 26 ans, anobli et devenu Sir Alex) lâche une phrase restée dans les annales : « Parfois, on a des voisins bruyants. On ne peut rien y faire. Ils font toujours du bruit. Il faut juste s’y habituer, monter le volume de la télévision un peu plus fort ». Le fameux « Noisy Neighbors » était né. Mais ce que Ferguson ignorait, c’est que derrière le bruit, il y avait une machine. Une machine à tricher et ce qui deviendra l’une des plus grandes dominations du football moderne repose sur une fraude monumentale.

Richard Masters, directeur général de la Premier League, parle de l’affaire la plus importante de l’histoire du championnat. En Angleterre, le verdict a été vécu comme une déflagration. Les mots des médias britanniques disent tout : « la plus grande tricherie de l’histoire du sport britannique », « le pire déshonneur de l’histoire du sport anglais ». Ian Wright a résumé avec : « de la triche à l’échelle industrielle ». City est devenu le club le plus détesté du pays et les foules reprennent en chœur des chants moqueurs. Un traitement qui contraste avec celui réservé au PSG en France, qui bénéficie d’une étrange mansuétude, alors même que les griefs sont comparables, et les montants supérieurs.

Les faits sont simples, entre 2009 et 2018, City affichait environ 1,11 milliard d’euros de sponsoring émirati. La commission d’enquête a établi que les partenaires réels n’avaient versé que 140 millions. Les 970 millions manquants ont été injectés en sous-main par le propriétaire. Le mécanisme est très simple à comprendre. Des entreprises comme Etihad (sponsor officiel sur le maillot, mais prête-nom comptable dans les faits) signent des contrats de 70 à 95 millions sur le papier. En réalité, elles n’en déboursent que 10 et le propriétaire comble l’écart.

Pourquoi ? Pour contourner le Fair Play Financier. Un règlement censé garantir l’équité sportive et la stabilité financière en interdisant aux clubs de dépenser plus que ce qu’ils ne gagnent. En transformant un apport de l’actionnaire en fausse recette commerciale, City a artificiellement gonflé ses revenus pour valider des dépenses autrement interdites. Mais la fraude s’étendait également aux salaires. Par exemple, l’entraîneur Roberto Mancini touchait 1,7 million d’euros à City, mais percevait 2 millions supplémentaires via une société offshore à Maurice pour un rôle de consultant douteux sur la chaîne Al Jazeera. Des joueurs comme Yaya Touré figureraient dans les mêmes montages. L’objectif était d’extraire une partie de la masse salariale des comptes officiels du club. 

Tout aurait pu rester ni vu ni connu, sans un seul homme : Rui Pinto. Informaticien autodidacte portugais, il lance Football Leaks en 2015. La méthode simple, il s’agit de pirater les serveurs de clubs et de fédérations. Plus de 70 millions de documents atterrissent dans des rédactions, notamment chez Der Spiegel. Les révélations dépassent le sport : évasion fiscale, Luanda Leaks, Malta Files, plans de la Super League, Manchester City, PSG, Benfica… C’est un tremblement de terre.

Pour City, tout bascule sur un courriel anodin. Un cadre clique sur un lien censé venir de l’UEFA mais c’est un piège de Pinto et les serveurs s’ouvrent à lui. En novembre 2018, six mails accablants sont publiés par Der Spiegel. En avril 2010, Simon Pearce, alors directeur commercial du club, commente un contrat avec une société d’investissement émiratie, pour 15 millions de livres. L’obligation directe n’est que de 3 millions : « les 12 millions restants viendront de sources alternatives fournies par Son Altesse ». En août 2015, Jorge Chumillas, en charge des partenariats, détaille une facture Etihad de 67,5 millions : 8 millions payés par la compagnie, 59,5 millions injectés directement par l’ADUG. Interrogé sur la possibilité de falsifier la date d’un paiement, Pearce répond sans détour : « Of course, we can do what we want ». Et oui, « on fait ce qu’on veut ». La publication de ces six mails déclenche l’ouverture de l’enquête de la Premier League en décembre 2018. 

Rui Pinto vit caché. En septembre 2023, la justice portugaise le condamne à quatre ans de prison avec sursis pour piratage informatique et tentative d’extorsion. En avril 2026, un second procès se conclut par un acquittement total car le tribunal juge l’accusation invalide. En France, il a également écopé de six mois avec sursis pour le piratage des mails du PSG. Menacé de mort, il bénéficie du statut de témoin protégé depuis 2020. Fin septembre 2026, les autorités portugaises ont voulu y mettre fin. Face à la polémique, sa protection a été prolongée. Il a néanmoins lancé une collecte en ligne pour financer sa fuite et écrit sur X : « Je n’ai d’autre choix que de déménager vers un lieu tenu secret pour une durée indéterminée, en raison des multiples menaces de mort que j’ai reçues ».

City et le PSG, c’est un peu le même fonctionnement. En 2014, les instances savaient. Le PSG valorisait son sponsor qatari à 215 millions d’euros par an. Des experts mandatés par l’UEFA l’estimaient entre 123 000 et 2,8 M€. Mediapart chiffre l’injection totale à 1,8 milliard d’euros, dont 1,35 Md€ via ces montages, ce qui placerait le club parisien au sommet de la triche. 

L’UEFA propose une amende de 60 millions d’euros (dont 20 fermes) et des restrictions d’effectif. Les deux clubs négocient. C’est là qu’intervient Gianni Infantino, alors secrétaire général de l’UEFA. Il négocie en secret, sans en informer la chambre d’instruction de l’ICFC (l’organe d’enquête indépendant). Il propose de ramener l’amende à 20 millions. Le 2 mai 2014, il écrit à Khaldoon Al Mubarak (président de City) : « Vous savez que vous pouvez me faire confiance. Restons positifs ! » Et il ajoute : « Bien sûr, tout cela doit rester entre nous trois », Nicolas Sarkozy est en copie. Pourquoi ? On ne sait pas. L’ancien président français, supporter déclaré du PSG, n’avait aucun rôle officiel ni à l’UEFA, ni à City. Son entourage nie toute implication. Mediapart précise qu’Al Mubarak avait sollicité son aide, sans qu’on sache dans quelle mesure il est intervenu. Lui qui avait déjà « aidé » au rachat du PSG par le Qatar.

L’UEFA cède pour les deux clubs. L’accord est signé le 16 mai 2014, et porte notamment sur une amende de 60 millions d’euros, dont 40 conditionnels (qu’ils se sont vu remboursé, puisque, en avril 2017, l’UEFA a confirmé que City et le PSG avaient rempli leurs obligations). Le tout malgré l’opposition de la chambre d’instruction de l’ICFC, qui jugeait les sanctions trop clémentes. À ce moment-là, l’affaire est close. 

Les succès récents du PSG occultent son aspect présumé délinquant, tricheur et faussaire. Les supporters parisiens fustigent depuis longtemps l’achat de match sous l’ère Tapie à l’OM. On se rassure comme on peut. Mais sur ou hors du terrain, y a-t-il une différence ? Acheter un match ou acheter le droit de se trouver en position de le gagner… La première pratique est interdite, la seconde est quasiment devenue un modèle célébré. Que vaut la gloire d’un club si elle exige de renoncer à ce qui devait la rendre honorable ? 

À ceux qui, comme Samir Nasri, ramènent tout au terrain, il manque une étape au raisonnement car nul besoin de tricher pendant le match si l’avantage a été construit avant. Séparer les performances des moyens qui les ont rendues possibles, c’est présupposer que, sans eux, la même équipe aurait produit le même football. Chaque supporter y répondra comme il l’entend. Mais les faits sont là et le reste n’est que posture. 

La chronologie des faits résume tout mieux que n’importe quel commentaire. Novembre 2018 : Der Spiegel publie les documents de Football Leaks. Mars 2019 : l’UEFA ouvre une enquête formelle. Février 2020 : l’UEFA frappe avec deux ans d’exclusion européenne, 30 millions d’euros d’amende. Juillet 2020 : le Tribunal Arbitral du Sport casse l’essentiel de cette décision (preuves insuffisantes, faits prescrits). L’amende tombe à 10 millions pour obstruction et City crie victoire. Juillet 2021 : la presse révèle que la Premier League enquête toujours. Février 2023 : 115 chefs d’accusation. Septembre 2026 : verdict et 114 chefs retenus sur 115. La commission note que plusieurs témoins du club ont menti en connaissance de cause. 1er octobre 2026 City dépose un appel « complet », invoquant des « erreurs matérielles de droit, de principe et de fait ».

Une ligue privée s’est donc retournée contre l’ordre établi du football. A la différence de la Ligue 1, la Premier League est une société commerciale, détenue par ses clubs, qui gère son propre championnat, ses propres contrats, ses propres droits TV. La Ligue 1, elle, est administrée par la LFP, sous l’égide de la FFF, donc bien plus liée aux instances fédérales et politiques. Une autonomie que les Anglais ont poussée jusqu’au bout car la Premier League a enquêté là où l’UEFA avait renoncé et elle a sanctionné là où le TAS avait blanchi. Elle a appliqué ses propres règles, avec ses propres délais de prescription, au-dessus des instances internationales qui prétendent gouverner ce sport.

Le système semble profondément corrompu car l’UEFA négocie en secret, le TAS annule pour vice de procédure ou prescription et la FIFA laisse faire. Et c’est une ligue privée, mue par des intérêts commerciaux et une pression médiatique nationale, qui produit le seul verdict de culpabilité. Un championnat qui protège son intégrité marchande, parce que la triche de l’un menace la valeur de tous. 

Pendant ce temps, Arsenal, Liverpool, Manchester United et Tottenham ont réservé leur droit à demander des dommages et intérêts. Tottenham évoque environ 50 millions de livres pour des places européennes manquées. Le Daily Mail agrège les demandes potentielles jusqu’à 800 millions de livres. Oui, City a triché. Mais dénoncer une fraude et l’instrumentaliser pour régler des comptes sportifs, ce n’est pas la même chose. Romain Molina résume l’attitude des rivaux d’un mot : l’hypocrisie. Selon lui, ils dénoncent les « micmacs » de City, non pas pour « sanctionner les dirigeants », mais pour savoir « combien on peut récupérer ». 

Pour finir, selon The Telegraph, Abu Dhabi aurait prévenu Londres : si son club était trop lourdement sanctionné, ils retireraient leurs investissements. On parle d’environ 30 milliards de livres déjà engagés, notamment pour le projet de corridor technologique Oxford-Cambridge (la réponse britannique à la Silicon Valley, projet phare du gouvernement). Khaldoon Al Mubarak a été reçu par le gouvernement onze jours avant la fuite du verdict. Le gouvernement a affirmé que la discussion ne portait pas sur le cas de City. 

Le Daily Mail résume la scène comme suit : « Les Émirats « font chanter » le Royaume-Uni en disant qu’ils retireront des MILLIARDS si City n’est pas blanchie ». Le conflit d’intérêts est structurel car le gouvernement a besoin de l’argent émirati. L’ancien maire de Manchester, devenu Premier ministre, Andy Burnham, s’est dit « vraiment inquiet » de perdre ces propriétaires. Des clubs de Premier League se disent « stupéfaits » et « consternés » par ces commentaires, craignant une ingérence politique dans le processus d’appel. Mis sous pression, Andy Burnham a dû préciser sa pensée et son gouvernement a ensuite rappelé avec fermeté que « personne n’est au-dessus des règles ». 

Il y a aussi une dimension culturelle qu’on ne peut plus occulter, celle d’un certain rapport à la honte et au pouvoir. En Occident, la triche est une faute morale, honteuse. Dans le Golfe, le rapport au pouvoir et à la honte semble obéir à une autre logique, la vitrine doit être belle et tout ce qui l’entoure semble n’avoir aucun intérêt. L’équité, le sport, les valeurs ne semblent pas figurer dans le cahier des charges. Ces États achètent de l’influence et, une fois leur position consolidée, s’en servent avec leurs armes (diplomatie, argent, chantage). On le savait déjà. Cela ne fait que confirmer.

Ce qui dérange le plus Abu Dhabi, selon Molina, ce sont les enquêtes (notamment celles du New York Times) liant les Émirats, et Mansour en particulier, au soutien des Forces de soutien rapide au Soudan, milice islamiste accusée de crimes de masse, que nous avions effectivement documenté dans notre article « Quand un millénaire chrétien s’effondre, la tragédie soudanaise ».

JM. Source Lsdj

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