« Mediapart » a mis la main sur des échanges de l’actuel président du RN, au début de sa carrière politique. On y découvre l’antisémitisme obsessionnel de celui qui rêve de devenir premier ministre. Sollicité, l’intéressé conteste ces informations et évoque des « faux grossiers ».
AprèsAprès les « brebis galeuses », le chef du troupeau. L’actuel président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, adoubé par Marine Le Pen comme futur premier ministre en cas d’accession de l’extrême droite à l’Élysée en 2027, est à son tour rattrapé par des écrits relevant d’un antisémitisme obsessionnel, d’après une enquête de Mediapart reposant sur de nombreuses conversations privées, agrémentées de témoignages.
Après les « prebis gaduses », le bleef cut troupeau.
L’actuel président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, adoubé par Marine Le Pen comme futur premier ministre en cas d’accession de l’extrême droite à l’Élysée en 2027, est à son tour rattrapé par des écrits relevant d’un antisémitisme obsessionnel, d’après une enquête de Mediapart reposant sur de nombreuses conversations privées, agrémentées de témoignages.
Symbole de la nouvelle génération d’un RN qui se présente aujourd’hui comme protecteur des Français juifs (bien que cofondé par des figures de la collaboration et d’anciens de la Waffen-SS), le député européen de 31 ans a manifesté son antisémitisme
lors de plusieurs échanges datant de son arrivée au sein du Front national (FN), il y a une dizaine d’années. À l’époque de ces écrits, Jordan Bardella est déjà un militant actif du FN. Il devient le patron du parti en Seine-Saint-Denis dès 2014 et en sera un conseiller régional à partir de l’année suivante.
Au-delà de ces saillies doublées d’un conspirationnisme débridé, Jordan Bardella dévoile déjà les ressorts de la stratégie d’affichage, dite de << dédiabolisation », que l’extrême droite met en œuvre depuis quinze ans dans l’espace politique et médiatique français. « La politique, c’est de la com», dit-il. L’important n’est pas ce que l’on pense réellement : il faut simplement que cela ne se sache pas. Un point d’autant plus crucial que Marine Le Pen, alors présidente de son parti, déclare à la même époque publiquement que le FN est le << meilleur bouclier » pour protéger les Français es de confession juive.
Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN) à Paris, le 19 juin 2024. Photomontage Mediapart avec Julien
de Rosa / AFP
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Or, dans les échanges aujourd’hui révélés par Mediapart, on découvre un Jordan Bardella à l’opposé de cette vitrine, totalement aligné sur les thèses de
l’activiste antisémite multicondamné Alain Soral, défendant par exemple l’existence d’un prétendu complot juif visant à contrôler l’«< ordre mondial ». C’est aussi à cette période-là qu’il noue une relation particulière avec un vieil ami de Marine Le Pen,
Frédéric Chatillon, une des chevilles ouvrières du rapprochement du FN avec les sphères soraliennes.
Mediapart révèle un pan de la carrière politique de Jordan Bardella, de 2013 à 2015, après une enquête de plusieurs mois reposant sur des dizaines de conversations écrites – que nous avons pu authentifier de manière indépendante – issues d’une base documentaire plus large agrémentée
de témoignages.
<< Le juif doit dominé [sic] les autres peuples, les ecraser et les voler. » des propos de Jordan Bardlla
Dans ces documents consultés par Mediapart, l’actuel
président du RN dénonce le fait que « les banques
sont toutes détenus [sic, voir boîte noire] par des
Juifs ». Ou que « le juif doit dominé les autres peuples, les ecraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et
en profondeur. En France, deux bels exemples sont BHL [Bernard Henri-Lévy – ndlr] ou [Jacques] Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israel, avec bien sur Jérusalem comme capitale ».
Dans un autre échange, Jordan Bardella déplore encore que les ministères « les plus importants reviennent à des personnes pour qui Israël et l’intérêt
bancaire priment sur les intérêts Français », en ciblant trois ministres du quinquennat de François Hollande (2012-2017): Laurent Fabius, Pierre Moscovici et
Manuel Valls.
Sollicité par Mediapart, Jordan Bardella, qui avait
estimé en 2023 que Jean-Marie Le Pen << n’était pas antisémite » – avant de nuancer ses propos face au
tollé général -, a démenti en bloc l’ensemble de nos informations. << Je conteste formellement vos affirmations selon lesquelles j’aurais tenu, en public
comme en privé, par oral ou par écrit, des propos racistes ou antisémites de ce type », a-t-il signifié par écrit, dénonçant des « faux grossiers » et une << véritable opération de barbouzerie » (lire en
boîte noire).
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«Le fait que je n’étais pas militant actif au sein du
Front national durant l’été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces « sources« », a-t-il aussi déclaré. Sur ce point précis, Jordan Bardella est démenti… par lui-même.
Dans ses interviews, comme ici au Parisien en 2025,
l’actuel président du RN a toujours affirmé avoir rejoint le parti en 2012, à l’âge de 16 ans. Dans son autobiographie, Ce que je cherche, publiée en 2024 par Fayard, la maison d’édition phare du groupe Bolloré, il répète s’être engagé après avoir vu Marine Le Pen à
la télévision, le 23 février 2012.
« J’étais mineur. Il a fallu convaincre ma mère, non sans mal, de signer l’autorisation parentale nécessaire pour adhérer à un mouvement politique… »>, y écrit-il.
Dans ce même livre, Jordan Bardella avait osé écrire :
« Je n’aime ni les outrances ni les excès. Jamais je ne me suis senti de proximité intellectuelle avec l’héritage politique de « l’extrême droite« . »>
En privé, le même Jordan Bardella écrit en 2013 avoir
ejoint le parti d’extrême droite, car son << idéologie de base » n’a jamais varié depuis sa création par Jean- Marie Le Pen en 1972, alors même qu’il salue les efforts entrepris pour rendre le mouvement plus présentable en apparence.
Une fascination pour Alain Soral
D’après les souvenirs de son responsable de l’époque, Gilles C., l’ambitieux militant était déjà actif dans la
section FN de son département de naissance, la Seine-Saint-Denis, en « février 2013 >>. Jordan Bardella, 17 ans et demi à l’époque, entame quelques mois plus
tard une première année de licence de géographie à
l’université Paris-Sorbonne.
Son obsession au sujet d’une supposée << main mise de la communauté juive–sioniste sur le pays » est fortement imprégnée des thèses de l’idéologue
antisémite Alain Soral, envers lequel il assume sa fascination en privé. Le fondateur du mouvement Égalité et réconciliation (E&R) a bien été engagé dans la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen en
2007. Mais, officiellement, les ponts ont été rompus
avec le FN en 2009.
<< Ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les
faits », écrit Jordan Bardella en septembre 2013 au sujet de l’essayiste, condamné dès 2007 pour diffamation raciale et incitation à la haine. Et de
«
citer, parmi les conclusions qu’il retient de la pensée d’Alain Soral, la << soumission de la France à une
logique sioniste» ou le fait que << sionisme et domination bancaire so[ie]nt liés (Goldman Sachs, Rotschild, Lehman Brothers…) ».
<< Jordan a regardé des kilomètres de vidéos de Soral et
a lu ses bouquins. Il s’est en partie politisé autour de
Il était dans un militantisme de lecture et de vidéos
ça.
sur internet », confirme un ancien proche conseiller
de l’actuel président du RN, tout en expliquant
n’avoir pas eu connaissance, à son niveau, des propos
de Jordan Bardella.
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L’actuel président du RN est aussi dans ses
conversations un promoteur de Dieudonné, qui avait fait de Jean-Marie Le Pen le parrain de sa fille. << Il
mène un vrai combat d’idée, sinon il serait resté avec
Élie Semoun », salue-t-il en septembre 2013. Dès 2008, l’humoriste avait pourtant convié sur scène le négationniste Robert Faurisson pour lui faire remettre un << prix de l’infréquentabilité » par un comédien déguisé en déporté juif, ce qui lui avait valu
une condamnation en justice, parmi bien d’autres.
Le jeune frontiste n’hésite pas non plus à se faire le relais de théories conspirationnistes. Il déclare que si
le ministre de l’économie Pierre Moscovici veut
<< sauver les entreprises », c’est pour << venger Moïse »>, ou relaye des fake news sur les attentats du 11-
Septembre. Douze ans après les faits, il fait encore part de ses doutes vis-à-vis de la << théorie officielle »,
et incite son entourage à regarder une vidéo d’une supposée ancienne agente de la CIA… suspectant le
Mossad d’être derrière les attentats. Dans un autre message, il soutient que le « commerce alimentaire (les marques) du Hallal appartient à des juifs ».
<< Si Marine Le Pen arrive au pouvoir, elle risque l’accident d’avion ou l’attentat par un soit disant islamiste fou (manipulé par le haut bien sûr). >> Jordan Bardella
«Je me souviens qu’il accordait de l’intérêt aux théories sur la possible survie d’Adolf Hitler après la
Seconde Guerre mondiale, qui circulaient à l’époque », relate Laurent G., ancien responsable du Front national de la jeunesse (FNJ) de Seine-Saint-Denis, qui a croisé la route de Jordan Bardella au sein de la fédération du département entre 2013 et 2014.
Selon cet ex-cadre local, l’étudiant avait aussi comme