5 octobre, 17 octobre, 24 octobre, en attendant le 5 novembre…On ne voit pas le bout de ces manifestations qui tournent en émeutes. L’impuissance du gouvernement contraint les commerçants à l’auto-défense et menace tous les Français. Le coût économique de ces grèves et de ces destructions va élargir la fracture politique et sociale. Deux acteurs soufflent sur les braises : Mélenchon et Macron.
Saccages, pillages, agressions jusque dans des immeubles, de semaine en semaine, la France se délite. Le choc des émeutes du 5 octobre (cf. LSDJ n°2746), a été amplifié par celles du 17 octobre. Le 24 octobre, « les cortèges se sont bien passés », a assuré le ministre de l’Intérieur. Mais Laurent Nuñez a aussi annoncé que près de 1.000 personnes avaient été interpellées (contre 385 la semaine précédente) et que les affrontements avaient fait 53 blessés parmi les forces de l’ordre. Les images de Paris, Nantes, Lyon, Marseille, montraient encore des actes de vandalisme et des razzias dans des magasins. Pas de quoi rassurer avant la prochaine « grande journée de grève interprofessionnelle et de manifestations », le jeudi 5 novembre.
Menacés quand ils s’opposent aux vandales et aux pillards, les commerçants sont à bout. Beaucoup se munissent de moyens de défense. Ils ont compris que l’État est impuissant à les protéger, ce qui est pourtant sa fonction première. C’est d’ailleurs le message que la préfecture de Paris leur a adressé le 22 octobre en les invitant à recourir « à des agents privés accompagnés le cas échéant d’équipes cynophiles » (BFMTV). «Inacceptable aveu d’impuissance et renversement total des principes » s’insurge le président des maires de France -et candidat à la présidentielle- David Lisnard sur X. « Les commerçants paient les réparations, paient des impôts pour que l’État assure leur sécurité, et devraient payer une troisième fois pour une sécurité privée.» Selon un sondage Elabe réalisé pour BFMTV publié le 21 octobre, six Français sur dix estiment devoir assurer eux-mêmes leur sécurité. D’autres envisagent carrément de quitter la France.
Il est urgent « que l’État assume de casser les casseurs, dans le respect de la loi », insiste l’avocat Thibault de Montbrial, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. « Qu’est-ce qui vaut mieux ? demande-t-il, qu’un policier ou un gendarme soit blessé ou tué, qu’un commerçant soit blessé ou tué, qu’une famille soit séquestrée, les femmes violées, blessées ou tuées, ou bien qu’un émeutier soit blessé ou tué en train d’essayer de commettre un de ces trois crimes ? Pour éviter que nos compatriotes, livrés à eux-mêmes, soient contraints de se défendre tout seuls, il est impératif d’avoir le courage d’assumer pleinement l’emploi de la force légitime. Ça n’est rien d’autre que l’application de la loi » (Le Figaro, 24/10/2026).
Ces scènes de guérilla dans des centres villes jonchés de débris, barricadés, aux vitrines brisées ou protégées vaille que vaille par des contreplaqués, font le tour du monde. Il est douteux que les investisseurs soient encore séduits par le slogan « choose France » lancé par le président de la République. Le coût sera « exorbitant », prévient l’économiste Marc Touati dans Le JDD (25/10/2026, en lien également ci-dessous). Or deux acteurs majeurs soufflent sur les braises. Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle, confie dans un entretien à Mediapart (23/10/2026) qu’il voit dans ces manifestations un « moment fondateur » parce que « le pouvoir n’aura qu’un seul choix, accepter les revendications ou s’en aller ». Mais Emmanuel Macron, qui a promis d’aller jusqu’au bout de son mandat, jette lui aussi de l’huile sur le feu. Accouru à Trappes le 24 octobre après l’attentat qui a coûté la vie à un jeune sportif français de 26 ans d’origine africaine, et blessé quatre personnes dont une fillette de 11 ans, le président a déclaré : « C’est un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne ». Cette « première fois » a provoqué des réactions de toutes parts. « Mais pourquoi il dit ça ? Pourquoi il oublie Toulouse et la famille Sandler ? Et la Rue Copernic . Et la rue des Rosiers ? Mais que lui arrive t-il ? » s’est interrogée la journaliste de gauche Françoise Degois sur X. Réaction analogue de sa consœur de droite, Élisabeth Lévy, également sur X : « Soit cette vidéo a été fabriquée par l’IA, soit Macron affirme, au sujet de l’attentat ignoble de Trappes, que “c’est la première fois (…).”On ne va pas chipoter pour quelques juifs assassinés à l’école Ozar-Hatorah de Toulouse ou à l’Hyper-cacher (ni pour les Français tués le 7 octobre qui étaient aussi nos compatriotes). Le président a oublié Thomas, peut-être victime du racisme anti-blanc, le père Hamel, les fidèles, chrétiens agressés dans leurs églises. Et les Charlie qui n’ont pas été assassinés pour leur religion, mais pour le droit de ne pas en avoir et de se moquer de celle des autres. Visiblement, pour Emmanuel Macron, certaines victimes sont plus égales que d’autres. On nous dira que sa langue a fourché. Je crains plutôt que son inconscient ait parlé. » Quelques heures après la déclaration du Président, la garde à vue du tueur a été interrompue pour un transfert à l’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police. Il souffrirait de schizophrénie. Quant au jeune homme tué, sa famille a révélé qu’il était chrétien -ce qu’ignorait vraisemblablement son meurtrier.
CHRONIQUE. Des commerces pillés au tourisme fragilisé, Marc Touati estime le coût direct des émeutes entre 2 et 5 milliards d’euros. Mais la défiance des investisseurs et la hausse des taux pourraient porter la facture à des dizaines de milliards à moyen terme.
Ne nous voilons pas la face : le coût des émeutes que connaît la France depuis quelques semaines et surtout depuis le 17 octobre va être exorbitant. En fait, cette crise sociétale, pour ne pas dire insurrectionnelle, va engendrer trois types de coûts ! Tout d’abord, il y a évidemment les coûts directs des saccages et des pillages. Au regard de toutes ces incroyables dégradations (voitures incendiées, bâtiments et monuments endommagés et/ou détruits, 3 000 magasins pillés…), il est clair qu’ils avoisinent déjà 1,5 milliard d’euros. Une facture que paieront en partie les assurances, mais qui finira forcément par être répercutée sur les cotisations à venir pour l’ensemble des Français. Deuxième catégorie de coûts : ceux engendrés par la faiblesse de l’activité et les fermetures des commerces. Le secteur du tourisme va également fortement souffrir. Ces émeutes vont susciter une explosion des annulations de vols et des réservations, en particulier de la part des touristes étrangers.
Lors des émeutes de 2023, les professionnels du tourisme avaient recensé plus de 25 % d’annulations et, dans certaines villes, près de 50 %. Dans ce cadre, et en espérant que les émeutes ne s’éternisent pas, un manque à gagner d’environ 2 milliards d’euros est à craindre pour le seul secteur touristique. Tous ces déboires vont évidemment aggraver la récession qui était déjà en train de s’installer en France. D’où une forte augmentation du chômage, mais aussi des déficits publics et de la dette. Ce qui nous amène à la troisième catégorie de coûts : la défiance à l’égard de la France. En effet, ces tristes évolutions vont encore détériorer la confiance nationale et internationale quant à la capacité de la France à se moderniser, à assainir ses comptes publics et à assurer la paix sociale. Or, une telle défiance ne manquera pas de susciter une nouvelle phase d’augmentation des taux d’intérêt des obligations d’État, puis de l’ensemble des crédits. D’ores et déjà, le taux d’intérêt des obligations de l’État français à dix ans a dépassé les 5,1 % le 22 octobre, du jamais-vu depuis juillet 2002 !
Cette nouvelle hausse des taux d’intérêt alimentera la récession, plongeant l’économie française dans une spirale pernicieuse particulièrement dramatique. Au total, si le coût direct à court terme des émeutes, c’est-à-dire relatif aux destructions de biens et à la baisse de l’activité économique, sera compris entre 2 et 5 milliards d’euros, leur coût à moyen terme pourrait se chiffrer à plusieurs dizaines de milliards d’euros. Une horreur !