Connu pour ses oeuvres remarquables, Joseph Ramanakamonjy (1897-1984) est un des plus grands peintres malgaches. Formé en art plastique à l’Ecole des Beaux-Arts qui se trouvait au palais de la Reine, il a su mélanger les techniques européennes avec ses propres recherches inspirées par la culture malgache. Il honore son pays à travers différentes expositions dans les grandes villes européennes. Par la singularité de ses oeuvres, il est reconnu par le milieu de l’art français. À travers des portraits ou paysages, en aquarelle ou à l’huile, il n’a cessé de mettre en valeur les couleurs de son pays.
Joseph Ramanankamonjy est né d’une famille appartenant à la noblesse malgache, en 1898, à Anjohy, dans la Haute ville d’Antananarivo, où il réside une grande partie de sa vie. Son apprentissage est bien documenté. Jeune adolescent, il apprend la peinture avec Stephan Rabotovao (1890-1935) et Antoine Ratrena (1881-?), puis est admis à intégrer le cours de dessin et de peinture gratuit dispensé par le lauréat du premier Prix de Madagascar, Ange Supparo (1870-1948) . Ancien élève de l’école des Beaux-Arts de Paris, ce dernier enseigne dans les locaux du musée des Beaux- Arts de Antananarivo . L’ouverture de son atelier a préfiguré la création d’une école des Beaux-Arts malgache à Antananarivo, établie par arrêté, après la Première Guerre Mondiale, le 19 juin 1922.
Joseph Ramanankamonjy fréquente l’école nouvellement créée et participe à l’organisation de la Foire des échantillons de Antananarivo de 1923, en plus d’y exposer ses œuvres.
Les voyages qu’il effectue sur l’île sont autant de sources d’inspiration. Joseph Ramanankamonjy obtient en 1925 une bourse pour se rendre dans le sud de Madagascar en compagnie de Jean d’Esme, Président de la société des Ecrivains maritimes et coloniaux. Deux ans plus tard, les œuvres de notre peintre sont visibles à Paris (1928). Toute sa carrière il effectue des allers-retours entre Madagascar et la France. Il participe quatre fois au Salon de Madagascar en 1930, 1932, 1933 et 1936, avec quarante-et-un tableaux présentés et s’y distingue à chaque fois en percevant une récompense financière .
En 1931, Joseph Ramanankamonjy fait partie de la délégation d’artistes malgaches envoyés en métropole pour l’Exposition coloniale internationale de Vincennes.De retour à Madagascar, Joseph Ramanankamonjy joue un rôle central dans l’organisation de la vie artistique et la valorisation de l’art malgache en participant à la création de la Société des Artistes Peintres et Sculpteurs (SAPSM), le 7 février 1936.
Les toiles de Joseph Ramanankamonjy sont très appréciées de son vivant et rencontre un vif succès. Il revient exposer en France, en 1948 (Cercle de l’Alliance Française, blvd Raspail), au cours d’une exposition monographique à l’Agence des colonies, rue de la Boétie en 1949, puis à la Maison de Madagascar (avenue de l’Opéra) et à la Galerie du Ministère des Colonies (avenue des Champs-Elysées) en 1959. A chacune de ses visites, il rencontre le Général de Gaulle dont il réalise le portrait . Ce dernier le nomme officier de la légion d’honneur, venant récompenser l’ensemble de son œuvre, le 3 juin 1960 .
Images: Oeuvres de Joseph Ramanakamonjy. Fonds Ramilijaona

Conscient de l’héritage colonial reçut à travers l’enseignement des Beaux-arts par Ange Supparo, notre artiste a fait le choix de participer à la valorisation de la culture malgache, tout au long de sa carrière, à travers sa peinture et son engagement local au sein de la communauté artistique de l’île. Il est nommé premier artiste-peintre membre de l’Académie Malgache par son président Maurice Fontoynant. En 1965, il déclarait que : « Révéler au public français notre façon de penser et de sentir, faire connaître au public malgache la richesse de l’apport occidental, tel a été l’esprit de mes expositions ». Peintre prolixe et artiste engagé, Joseph Ramanankamonjy reçoit un dernier hommage à travers des obsèques nationales en 1984.
Une rétrospective de ses œuvres peintes et dessinées, a eu lieu à Antananarivo en octobre 2014, placée sous le patronage du Ministère de l’Artisanat, de la Culture et du Patrimoine, et de l’Académie Malgache. En France, ses œuvres sont visibles au Musée du Quai Branly à Paris et au musée Léon-Dierx (musée des Beaux-arts de La Réunion).
C’est au professeur d’histoire de l’art et non moins commissaire de l’exposition consacrée à Joseph Ramanankamonjy Hemerson Andrianetrazafy que nous avons demandé de parler de ce génie de la peinture. Voici le témoignage.
Artiste de renom qui a marqué la peinture malgache du XXème siècle, Joseph Ramanankamonjy est issu d’un milieu profondément rattaché à sa tradition et à ses liens avec l’histoire. Il a vu le jour aux toutes premières heures de la période coloniale. Son enfance a été modelée par cette conjoncture où le passé récent encore inscrit dans le vécu de la société malgache s’était brutalement confronté au modèle culturel colonial. Mais il ne fait aucun doute que, déjà, la vie artistique et l’intérêt pour l’art faisait partie de sa culture familiale. Parmi ses sept frères et sœurs, nous pouvons citer le célèbre auteur-compositeur Ramamonjisoa Thérack.

Les prédispositions précoces de Joseph Ramanankamonjy pour le dessin et la peinture vont l’amener à fréquenter les membres les plus influents des artistes-peintres malgaches de la première génération. Au début du XXe siècle, il a eu comme maîtres Stephan Rabotovao et Antoine Ratrena. Puis en 1913-14, il se trouvait parmi les vingt-trois élèves reçus à l’Ecole des Beaux-Arts de Tananarive à un moment où cette institution était encore en gestation. Avec ses aînés comme J. Rainimaharosoa, Ratovo Henri ou ses condisciples comme Razanamaniraka et autres Ramanda Albert, il était de ceux qui ont élaboré les bases de la « tradition picturale malgache » qui se maintiennent encore jusqu’à nos jours. Des « scènes et sujets malgaches » aux « portraits ethniques », les repiqueuses ne finissent pas de replanter les pousses de riz et les vieilles maisons de latérite rouge essaiment toujours les campagnes… Des scènes de marchés aux classiques bivouacs de charretiers, les thématiques de l’époque survivent aujourd’hui encore, comme autant de traditions à maintenir… à perpétuer.
Témoin et acteur des transformations de la société malgache, Joseph Ramanankamonjy a œuvré pour l’émergence d’une culture malgache originale. Fin technicien et coloriste de grande classe, il s’était surtout illustré par ses aquarelles et dessins sur soie qui lui ont valu une renommée mondiale. Les paysages et les portraits minutieusement brossés se suivent et se déclinent en autant de chefs d’œuvre qu’il nous laisse actuellement en héritage.
De part son itinéraire, Joseph Ramanankamonjy était l’exemple-type de l’élite malgache qui a bâti sa reconnaissance sociale par le talent. Mais son univers ne se réduisait pas seulement aux arts plastiques, puisqu’il avait aussi des ouvertures sur le monde de la musique et de la littérature. Ce choix pour la carrière artistique l’a amené à évoluer parmi les notables malgaches de la société coloniale et postcoloniale. En sus de ses nombreuses décorations et titres honorifiques, on se doit de rappeler ici qu’il a été le premier artiste-peintre malgache reçu à l’Académie Malgache. Homme de son temps, Joseph Ramanankamonjy a été à la fois sujet et acteur de la dynamique socioculturelle malgache au XXe siècle. Après l’indépendance, il était devenu l’une des figures de proue du monde littéraire et artistique et servait de mentor aux jeunes générations des années 60 et 70.
L’exposition qui lui est consacrée à l’IKM Antsahavola regroupe aujourd’hui plus de cinquante œuvres, exceptionnellement prêtées par des collectionneurs, et autant de croquis et dessins. Y sont également présentés documents, photos et projection permanente de documentaires qui nous permettent d’explorer les multiples facettes de cet illustre personnage.
Jean Moliere : Source Musée de la photographie de Madagascar