Martial Yavo est aujourd’hui le nouveau secrétaire général du Cojep, en remplacement de Dr Patrice SARAKA
Ancien militant de la Fesci et inspecteur d’éducation depuis 2001, il devient le numéro deux du parti et doit notamment travailler à son implantation territoriale, à la formation politique des militants et à son autonomie financière.
De ses premiers combats syndicaux à ses années de clandestinité, en passant par la détention et son engagement aux côtés de Charles Blé Goudé, Martial Yavo a connu les heures les plus mouvementées de son parcours politique. Portrait d’un «< soldat en mission »>, qui reconnaît ne pas aimer << se faire voir », mais doit désormais être sous les projecteurs en raison de ses nouvelles fonctions.
Propulsé secrétaire général du Cojep après le départ surprise de Patrice Saraka, cet inspecteur d’éducation, homme de l’ombre et
fidèle de la première heure, doit remettre le parti en ordre de bataille.
Portrait.
Le 4 août, au siège du Congrès
panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) à Angré, dans la commune de
Cocody, les militants ne se pressent pas encore. Le personnel, lui, est déjà à pied d’œuvre. Guidés par deux membres de la sécurité en costume noir, nous prenons place en salle d’attente. Quelques minutes plus tard, Martial Yavo vient à notre rencontre, juste au moment où Charles Blé Goudé, le maître des lieux, fait son apparition. Après avoir échangé quelques mots avec Jeune Afrique,
le président du parti se tourne vers son bras droit et lui lance un « Bonjour SG »
Le ton est donné. Nous emboîtons le pas de Martial Yavo pour nous engouffrer dans la minuscule pièce climatisée qui lui sert de bureau et qu’il partage avec un autre cadre de la formation. S’il a aujourd’hui le titre de général, l’homme fuit la lumière et n’a cure des mondanités politiques. « Je me considère comme un soldat en mission »>, explique-t-il d’emblée à Jeune Afrique. Né en 1975, ce père de famille discret, marié et père d’un fils de 21 ans, inspecteur d’éducation depuis 2001, vient pourtant d’être propulsé sous le feu des projecteurs.
<< On n’en avait pas discuté avant »
Tout bascule le 13 juin, à l’hôtel Capitol de la Riviera Golf, à Abidjan, alors qu’il est sagement assis parmi les cadres du Cojep. Le conseil politique extraordinaire s’annonce décisif. Lors des derniers états généraux, entre février et mars, les militants ont
formulé plusieurs recommandations, dont la dissolution du Conseil exécutif national (CEN) pour en mettre un nouveau en place. Au micro, Charles Blé Goudé entérine la
décision, dissout l’instance et, dans la foulée, annonce le nom de son nouveau secrétaire général : Martial Yavo.
<< J’étais vraiment surpris », confie
aujourd’hui celui qui officiait alors comme inspecteur général du parti. << On n’en avait pas discuté avant. Je ne suis pas de ceux qui font des courbettes pour obtenir des postes. » À la tête de l’administration, il succède à Patrice Saraka, dont la démission
soudaine avait pris la direction de court. << Il voulait donner un exemple en assumant la responsabilité des insuffisances pointées par les militants », glisse Yavo, qui précise que le parti avait initialement refusé cette
démission, avant de s’y plier.
Désormais numéro deux du parti, le nouveau «< général » décrit son rôle comme une mission de stricte coordination, la direction politique incombant toujours à Charles Blé
Goudé. Sa feuille de route est claire, articulée autour de quatre piliers: l’implantation territoriale, la formation politique des militants, l’autonomie financière et la cohésion interne, alors que le nouveau bureau exécutif doit être nommé << par vagues » successives.
Premières armes à la Fesci
Né à Azaguié Aoua (Sud) et originaire du village de Yadio (Agboville), Martial Yavo est l’aîné
d’une fratrie de onze enfants. Le compagnonnage entre cet étudiant en histoire et Charles Blé Goudé prend racine dans le tumulte universitaire de l’année 1997. La
Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) ferraille alors rudement pour l’amélioration des conditions d’études sous le régime d’Henri Konan Bédié.
Yavo intègre le pôle syndical de la Cité Campus après avoir frappé à la porte de la section de Port-Bouët 3 dirigé par un certain Souleymane Kamagaté, alias Soul to Soul. S’il est d’abord proche d’autres figures de la lutte, comme Doumbia Major, il se fait repérer pour son abnégation et intègre la direction nationale en 1999 en tant que secrétaire adjoint à l’information, au moment où Charles Blé Goudé prend les rênes du mouvement après un passage en prison.
Pourtant, l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo, en 2000, marque un coup d’arrêt. Une promesse d’expatriation en Europe pour y poursuivre des études, faite aux leaders estudiantins, tarde à se matérialiser. Pressé par ses responsabilités familiales, Yavo choisit le pragmatisme. Il s’éloigne
de l’arène politique, obtient le concours de l’École normale supérieure (ENS) et rejoint le lycée Leboutou de Dabou en 2001 comme conseiller d’éducation.
« J’ai choisi d’aller travailler »>, résume-t-il sans acrimonie, refusant de << jeter l’opprobre » sur l’ancien président Gbagbo. virus du terrain ne l’a jamais les Mais le vraiment quitté : en 2004, il réintègre officiellement instances du Cojep. Mais c’est la crise postélectorale de 2011 qui fait dramatiquement basculer son
destin militant. Pendant que Blé Goudé prend le chemin de l’exil, Martial Yavo accepte de diriger le comité de redynamisation du parti dans la clandestinité.
Les griffes de Koné Zakaria et l’enfer de la Maca
Il est traqué, échappe par deux fois à la mort à Dabou, puis sa course s’arrête brutalement en juin 2012. Au sortir d’une interview accordée à un organe de presse d’opposition à Cocody, il est enlevé en pleine rue et jeté dans un véhicule 4×4. Il
atterrit dans le sinistre camp du commandant Koné Zakaria, à Adjamé. Pendant trois semaines, Yavo vit l’enfer, tabassé et détenu avec près de 70 compagnons dans une cellule étouffante d’une dizaine de mètres carrés.
Il est sorti au milieu de la nuit pour subir brimades et interrogatoires afin de livrer ses camarades. Il tient bon. Son salut viendra d’un officier des droits de l’homme de l’ONU en Côte d’Ivoire, Léonidas Ngayabihema. Alerté par la famille, le fonctionnaire des
Nations unies fait irruption dans le camp à 4 heures, un dimanche, arrachant un Yavo moribond aux mains de ses geôliers pour l’évacuer vers un hôpital militaire.
Transféré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), alors sous la coupe du célèbre << Yacou le Chinois<<, le 16 juillet 2012, il atterrit au redouté « bâtiment C >>.
Il ne devra son répit qu’à l’intervention d’Angenor Youan Bi, un cadre du Cojep déjà écroué qui
le prendra sous son aile. Il sort de
détention le 4 janvier 2014, après dix-huit mois de prison, sans qu’aucun jugement n’ait été
prononcé. Il sera de nouveau arrêté brièvement deux mois plus tard alors qu’il s’était rendu au palais de justice pour soutenir Charles Blé Goudé en partance pour la Cour pénale internationale.
Objectif 2028 et union de la gauche ivoirienne
Les geôles n’ont pas entamé sa fidélité. Réaffecté dans la fonction publique après quelques déboires administratifs – le prestigieux
lycée Sainte-Marie lui refusera d’abord l’accès par manque d’«< esprit » de l’établissement, avant qu’il n’atterrisse à Adjamé puis, depuis 2022, à Bingerville -, Martial Yavo maintient un lien constant avec Blé Goudé, allant jusqu’à lui rendre visite au
pénitencier de La Haye, entre fin décembre 2019 et début janvier 2020.
Devenu le numéro deux du Cojep,
général le nouveau secrétaire hérite d’une mission stratégique dans une gauche ivoirienne balkanisée, où les alliances de circonstance priment souvent sur les projets de fond. Conscient que l’envergure médiatique de son leader ne suffit plus à asseoir une légitimité institutionnelle, Yavo exhorte désormais ses cadres à s’ancrer dans leurs régions respectives. Si la formation ne
compte pour l’heure aucun élu, le regard est braqué sur le prochain cycle électoral, avec les municipales et régionales de 2028 en ligne de mire. << Charles Blé Goudé ne peut pas imposer des têtes dans les régions.
C’est à nos camarades de créer une proximité avec les électeurs »>,
analyse-t-il lucidement. Face à la fragmentation politique (PPA-CI, FPI, MGC…), Martial Yavo reste flegmatique. S’il reconnaît que les divisions sont réelles, il espère que des << sujets d’intérêt national »
permettront, le moment venu, de s’unir pour parler d’une seule voix, à l’image des discussions actuelles de l’opposition sur la réforme de la Commission électorale.
Transformer le capital de sympathie en sièges concrets: tel est l’ultime défi de ce soldat de l’ombre, désormais contraint d’opérer en pleine lumière. « J’ai
un problème avec la communication, je n’aime pas trop me faire voir, concède-t-il. Mais la charge que j’occupe aujourd’hui nécessite que je sois sous les projecteurs. On va essayer d’assumer. >>
Source JA