4 juillet 2022
Paris - France
AFRIQUE INTERNATIONAL

Soudan: pourquoi Abdallah Hamdok ne réussit pas à former un gouvernement

Au lendemain de manifestations massives contre le coup d’État, la situation politique semble toujours incertaine au Soudan. Voilà un mois que le Premier ministre Abdallah Hamdok est de retour à son poste et toujours aucun gouvernement n’a vu le jour. Sa tâche s’annonce plus compliquée que prévue.

Abdallah Hamdok avait été arrêté le 25 octobre dernier, date du coup d’État mené par le général Abdel Fattah al-Burhan, dont les hommes avaient également détenu la quasi-totalité des représentants civils de la transition soudanaise. Placé en résidence surveillée pendant plusieurs semaines, cet ancien économiste de la Commission africaine des Nations unies, était alors largement plébiscité par la rue qui réclamait sa libération. Une vague de popularité qui s’est finalement fracassée après son retour et la signature le 21 novembre d’un accord controversé avec la junte.

« Grave erreur politique »

Le général Burhan a ramené Abdallah Hamdok à son poste en lui donnant pour mission de former un gouvernement de technocrates en attendant des élections promises par les militaires en juillet 2023. Cet accord a été perçu comme une trahison par de larges pans du camp pro-démocratie et de nombreux partis politiques et d’organisations de la société civile. Conformément à l’accord qu’il a signé avec la junte, Abdallah Hamdok doit d’abord mener une concertation politique avec différents représentants de partis avant de former un gouvernement.

Mais le Premier ministre est isolé. Seule une équipe restreinte d’universitaires ou d’anciens ministres lui est restée fidèle. « Il a fait une grave erreur politique », commente Yassir Arman, un ancien conseiller qui lui a tourné le dos. Il estime qu’Abdallah Hamdok n’a pas le pouvoir de renverser les décisions prises par le général Burhan, notamment les centaines de nominations de proches de l’armée à des postes clés dans les administrations.

Impasse politique

Le Premier ministre est revenu sur la scène « sans véritable stratégie », confie l’un de ses proches. Hamdok n’a obtenu aucune garantie que les militaires ne répéteront pas leur coup de force. Ces derniers ont affirmé qu’il aurait toute latitude pour former un cabinet de technocrates. Pourtant, certains ministres qui soutiennent le coup d’État semblent indéboulonnables. C’est le cas de Gibril Ibrahim, ministre de l’Économie et signataire des accords de paix de Juba, qui continue de se rendre quotidiennement à son bureau.

La junte avait fustigé les divisions au sein des Forces pour la liberté et le changement. Les généraux martèlent que ces partis politiques sont incapables de mener le pays. Pourtant, en plein état d’urgence, l’opposition tente de se structurer. Un meeting politique avait lieu vendredi dernier 17 décembre dans la capitale. Mais le rassemblement a été dispersé dans les gaz lacrymogènes. Le pays est plongé dans une impasse politique certes, mais les libertés fondamentales de réunions et d’expression ne sont pas respectées.

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■ Le poids de la dette dans l’impasse politique

Affaibli et contesté, le Premier ministre n’a toujours pas pu constituer sa nouvelle équipe. Or c’est un préalable au dégel des aides occidentales suspendues au lendemain du coup d’État.

La menace de voir son pays le Soudan frappé de sanctions financières supplémentaires a sans doute pesé dans la décision d’Abdallah Hamdok, ancien économiste aux Nations unies, d’accepter de signer un accord avec les militaires en novembre dernier, analyse notre correspondante à Nairobi, Florence Morice. Mais cela n’a pas suffi pour le moment à convaincre les partenaires financiers du Soudan de faire machine arrière et de rouvrir les robinets fermés au lendemain du putsch.

Pas questions pour Paris de concrétiser l’effacement de plus de trois milliards de dollars de dette tant qu’un gouvernement n’est pas nommé. Or c’est de la position des créanciers publics dont la France que dépendra en partie l’attitude du FMI qui dans ses négociations avec Soudan pour un rééchelonnement de cette dette. Idem pour la Banque mondiale dont les fonds étaient censés permettre la mise en place d’un vaste programme d’allocation familiale baptisé Zamarat, et dont devait bénéficier 80% de la population.

Quant aux États-Unis, outre un gouvernement civil, ils posent ouvertement une liste d’exigences avant d’envisager un dégel de son programme d’aide de 700 millions de dollars : à court terme, la « libération de toutes les personnes détenues depuis le 25 octobre, levée de l’état d’urgence, fin des violences contre les manifestants pacifiques », selon un porte-parole du département d’État américain et, à plus long terme, « un transfert complet du pouvoir aux civils ».

 correspondant à Khartoum, Eliott Brachet

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