4 juillet 2022
Paris - France
JUSTICE

JUSTICE  Burkina – Extradition de  François Compaoré : le  Conseil d’État donne son  feu vert 

Le 30 juillet, le Conseil d’État français  a validé le décret d’extradition de  François Compaoré. Suspecté d’avoir  commandité l’assassinat, en 1998, du  journaliste Norbert Zongo, le frère de 

l’ex-président burkinabè pourrait être  jugé dans son pays. 

La décision était attendue. Elle est finalement tombée  ce vendredi 30 juillet, en milieu de journée : le Conseil  d’État a validé l’extradition vers le Burkina Faso de  François Compaoré. « Celui-ci prend acte ; il est prêt à  faire face, dans la dignité, l’honneur et avec  responsabilité, à la justice burkinabè », écrivent les  avocats du frère de l’ancien président déchu Blaise  Compaoré, qui ajoutent que François Compaoré  « regrette » cette décision, assurant qu’il serait  « exposé » à des « risque de torture, de traitements  inhumains et dégradants » s’il était remis aux autorités  burkinabè. Ses avocats annoncent par ailleurs avoir  saisi la Cour européenne des droits de l’homme, « afin  qu’elle face échec à l’extradition envisagée ». 

L’assassinat de Norbert Zongo 

Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative  française, a donc validé l’extradition de François  Compaoré vers le Burkina. Le frère cadet de l’ex président Blaise Compaoré est en effet sous le coup  d’un mandat d’arrêt international dans le cadre de  l’enquête judiciaire portant sur l’assassinat de Norbert  Zongo, fondateur du journal L’Indépendant.

À LIRE Ce jour-là : le 13 décembre 1998, le journaliste  burkinabè Norbert Zongo est assassiné 

À la veille de la décision, l’exécutif burkinabè se disait  confiant et s’attendait à une réponse favorable à sa  requête. « Compte tenu de l’évolution de ce dossier,  nous avons bon espoir, glissait alors une source proche  du gouvernement. Les juridictions françaises [cour  d’appel de Paris, le 5 décembre 2018, puis Cour de  Cassation le 4 juin 2019] ont en effet suivi les  prétentions du Burkina, allant jusqu’à prendre un acte  administratif pour ordonner l’extradition de M.  Compaoré. Il revient donc au Conseil d’État de trancher  si cet acte est régulier. Pour notre part, nous le  pensons. » 

Même son de cloche du côté de la société civile, où l’on  n’imaginait pas une autre issue. « Le peuple burkinabè  dans son entier attendait que le Conseil d’État valide  les premières décisions [des juridictions françaises] »,  soulignait ainsi l’artiste Serge Bambara, alias Smockey,  porte-parole du mouvement Balai Citoyen. Selon lui,  l’extradition de François Compaoré est « un  aboutissement logique pour la société, qui veut rendre  justice », et constitue « une leçon pour ces roitelets qui  se croient intouchables. »

À LIRE Smockey : « Les troisièmes mandats doivent  disparaître » 

Connu pour ses écrits très critiques à l’égard du  pouvoir de Blaise Compaoré, Norbert Zongo avait été  assassiné le 13 décembre 1998 alors qu’il enquêtait sur  le meurtre du chauffeur de François Compaoré. Le  corps du journaliste, âgé de 49 ans, et celui de trois de  ses compagnons, avaient été découverts calcinés dans  une voiture. 

IL AURAIT ÉTÉ PRÉFÉRABLE QU’IL RENTRE DE  LUI-MÊME AU PAYS 

Près de vingt-trois ans après les faits, qui avaient  sérieusement ébranlé le régime (depuis sa chute, en  2014, Blaise Compaoré vit en exil à Abidjan), le  Burkina retenait son souffle en attendant la décision de  la plus haute juridiction administrative française. 

« Tué en cellule » 

« Il aurait été préférable que François Compaoré rentre  de sa propre initiative s’il n’avait vraiment rien à se  reprocher dans cette affaire », estime Chrysogone  Zougmoré, président du Mouvement burkinabè des  droits de l’homme et des peuples. Ce mouvement avait  été à l’avant-garde d’un collectif regroupant société  civile, partis politiques et syndicats, qui tous 

réclamaient justice pour Norbert Zongo et ses  compagnons d’infortune. 

Le 12 juillet dernier, alors que « petit président »,  comme l’appelaient ses compatriotes, comparaissait à  Paris, ses avocats avaient appelé les magistrats du  Conseil d’État à annuler le décret d’extradition, arguant  que, si François Compaoré était extradé, « il serait tué  en cellule ». 

Dépeignant le Burkina comme un pays « dévasté par  l’insécurité », à l’appareil judiciaire « délabré et  corrompu » et à l’univers carcéral « désastreux », ils  avaient dénoncé une affaire politique. « Il y a des pays  pour lesquels les garanties diplomatiques ne  fonctionnent pas. Ce ne sont que des garanties de  parchemin », avait fustigé Me François-Henri Briard,  l’un des conseils de François Compaoré. 

« Sous le régime en place à l’époque où Norbert Zongo  et ses compagnons ont été assassinés, des vies  n’étaient pas seulement mises en danger. Elles étaient  purement et simplement ôtées à ceux qui osaient  dénoncer les abus et travers du pouvoir », rétorque  Chrysogone Zougmoré.

La prochaine étape, désormais, est le procès. « Juger  François Compaoré constituerait une victoire,  particulièrement pour [la mémoire de] Norbert Zongo,  qui s’est battu toute sa vie pour l’État de droit, et  [offrirait] une réparation pour sa famille », conclut  Smockey. 

JA

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