30 septembre 2022
Paris - France
AFRIQUE

En Guinée, le chef de la junte propose une transition de «39 mois»

Huit mois après le coup d’État contre Alpha Condé en Guinée, samedi soir, dans un discours solennel à la nation diffusé à la télévision nationale, le colonel Mamady Doumbouya a annoncé un calendrier de transition.

Huit mois après le coup d’État contre Alpha Condé en Guinée, la transition semble avancer à petits pas. Le chef de la junte, le colonel Mamady Doumbouya, a pris la parole samedi soir 30 avril à la télévision nationale pour annoncer un calendrier de transition. Le militaire au pouvoir souhaite que l’ordre constitutionnel soit rétabli d’ici « 39 mois », soit un peu plus de trois ans.

« Je ne décide pas seul, j’agis avec tout le monde. C’est pourquoi, il y a eu successivement les journées nationales de concertation, les assises nationales et maintenant le cadre de concertation et de dialogue, qui viennent de rendre leurs conclusions provisoires, a déclaré Mamady Doumbouya lors d’un discours à la nation.

C’est le lieu pour moi de remercier tous ceux qui ont contribué à la réussite de ces différents travaux. Chaque Guinéen a droit à la parole, l’avis de tout le monde compte. C’est la volonté de la majorité qui tranche les contradictions. Il ressort une proposition médiane d’une durée consensuelle de la transition de 39 mois. Le CNRD [Comité national du rassemblement pour le développement, l’organe dirigeant de la junte, NDLR] et le gouvernement à leur tour soumettront au CNT [Conseil national de transition], qui tient lieu de Parlement, cette proposition qui est consécutive à de larges et patientes concertations. »

En clôturant le « cadre de concertation inclusif », le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Mory Condé, avait déclaré vendredi que l’« ensemble des acteurs » ayant accepté d’y participé avaient « proposé des durées allant de 18 à 52 mois » pour la transition, sans préciser à partir de quelle date.

On ne sait pas encore quand exactement le CNT sera amené à donner sa position sur le sujet. La Cédéao, qui réclamait une durée bien plus courte, n’a pas encore réagi. La communauté ouest-africaine a déjà lâché du lest cette semaine en accordant un délai supplémentaire aux autorités pour présenter leur calendrier de transition, dont la date butoir avait été initialement fixée en mars au 25 avril, sous peine de l’extension des sanctions économiques décidées après le putsch de septembre.

« C’est tout simplement inacceptable »

Joint par RFI, Sidya Touré, ancien Premier ministre de la Guinée et président de l’Union des forces républicaines, (UFR), estime que ce délai est inacceptable et injustifié. L’opposant en appelle à la Cédéao pour rétablir un cadre de négociation avec la junte.

Je suis vraiment très surpris de me rendre compte que l’on a donné une date aussi éloignée. Il faut la rajouter aux huit mois écoulés. Cela veut dire que nous allons vers 47 mois. C’est donc plus de quatre ans de transition. C’est tout simplement inacceptable. […] Nous allons nous concerter au niveau des partis politiques mais également de la société cvile et redemander un cadre de dialogue consensuel avec un représentant de la Cédéao.

Même son de cloche du côté du FNDC qui considère cette proposition de la junte comme « une menace pour la paix et l’unité nationale » et qui appelle à un « dialogue inclusif », cette fois « sous la supervision de la communauté internationale ». Dans un communiqué publié, ce dimanche 1er mai, la coalition de la société civile qui s’est battue contre le troisième mandat d’Alpha Condé, « appelle les citoyens guinéens pro-démocratie à rester mobilisés pour sauver la transition en cours ». Le FNDC fera savoir dans les jours qui viennent comment il compte réagir.

Cellou Balde, ancien député et membre du bureau politique de l’UFDG, l’Union des forces démocratique de Guinée, rejette catégoriquement le chronogramme annoncé. La coalition ANAD qui inclut son parti prépare, dit-il, une riposte.

Ils ont préféré faire un simulacre de concertation et d’assises nationales pour faire croire que c’est le peuple qui a demandé une transition longue alors que ce n’est pas le cas. Des propositions ont été faites par des partis majeurs de la vie politique n’ont pas été prises en compte […]

Source : RFI

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