29 novembre 2022
Paris - France
AFRIQUE INTERNATIONAL

Desmond Tutu, figure de la lutte contre l’apartheid, est mort à 90 ans

Affaibli depuis plusieurs mois, l’ancien archevêque du Cap, Desmond Tutu, est décédé ce dimanche à l’âge de 90 ans. Le prix Nobel de la paix était l’une des dernières icônes encore vivantes de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.

L’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, icône de la lutte contre l’apartheid et prix Nobel de la Paix en 1984, est décédé ce dimanche à l’âge de 90 ans, a annoncé le président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa.

L’héritage d’une Afrique libérée

Dans un communiqué, le chef d’État exprime « au nom de tous les Sud-Africains, sa profonde tristesse suite au décès, ce dimanche » de cette figure essentielle de l’histoire sud-africaine. Desmond Tutu est l’un des derniers représentant encore en vie de la lutte contre l’apartheid. « Le décès de l’archevêque émérite Desmond Tutu est un nouveau chapitre de deuil dans l’adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée », a ajouté le président.

« The Arch »

Surnommé « The Arch » par les Sud-Africains, Desmond Tutu était affaibli depuis plusieurs mois. Il ne parlait plus en public mais saluait toujours les caméras présentes à chacun de ses déplacements, avec un sourire ou regard malicieux, comme lors de son vaccin contre le Covid dans un hôpital ou lors de l’office au Cap pour célébrer ses 90 ans en octobre

Desmond Tutu a acquis sa notoriété aux pires heures du régime raciste de l’apartheid. Alors prêtre, il organise des marches pacifiques contre la ségrégation et plaide pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria. Seule sa robe lui épargnera la prison. Son combat non-violent est couronné du prix Nobel de la paix en 1984.

Le père de la nation Arc-en-ciel

A l’avènement de la démocratie en 1994 et l’élection de son ami Nelson Mandela, celui qui a donné à l’Afrique du Sud le surnom de « Nation arc-en-ciel » préside la Commission vérité et réconciliation (TRC) qui, espère-t-il, doit permettre au pays de tourner la page de la haine raciale. « Je marche sur des nuages. C’est un sentiment incroyable, comme de tomber amoureux », confie-t-il. « Nous, Sud-Africains, allons devenir le peuple arc-en-ciel du monde ».

Ses espoirs sont vite déçus. La majorité noire a acquis le droit de vote, mais reste largement pauvre. Fidèle à ses engagements, le « curé » du Cap devient alors le pourfendeur des dérives du gouvernement de l’ANC, à commencer par les errements de l’ancien président Thabo Mbeki dans la lutte contre le sida.

En 2013, il promet même de ne plus jamais voter pour le parti qui a triomphé de l’apartheid. « Je n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi », déplore Tutu.Une pluie d’hommages

Le décès de Desmond Tutu émeut le monde entier. Les joueurs sud-africains de cricket ont porté ce dimanche un brassard noir au premier jour d’une importante compétition contre l’Inde. Et la Montagne de la Table, qui surplombe la ville du Cap, sera illuminée de violet de dimanche soir jusqu’à ses funérailles, sans doute d’ici une semaine.

Son ami le dalaï lama, chef spirituel des Tibétains, avec qui il a partagé des fous rires mémorables, a souligné « le lien spirituel » qui les unissait. L’ancien président américain Barack Obama a salué « un ami, un mentor, un repère moral ». « Sa chaleur humaine et sa compassion nous ont livré un message spirituel pour l’éternité », a réagi un autre ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, membre comme Tutu du « Groupe des Sages » fondé par Mandela.

Un géant est tombé », a salué l’opposant ougandais Bobi Wine. Son combat « restera dans nos mémoires », a de son côté estimé le président français Emmanuel Macron.

Europe1

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