30 novembre 2022
Paris - France
AFRIQUE INTERNATIONAL

Burkina Faso : impuissant face aux attaques djihadistes, le gouvernement démissionne

Le premier ministre, Christophe Joseph-Marie Dabiré, a remis sa démission après plusieurs jours de manifestations dans le pays. La population dénonçait l’incapacité des autorités à lutter contre le djihadisme.

Le gouvernement du Burkina Faso a démissionné, mercredi 8 décembre, après plusieurs manifestations de la population dénonçant son incapacité à lutter contre les attaques djihadistes récurrentes qui endeuillent chaque semaine ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Christophe Joseph-Marie Dabiré, premier ministre du Burkina, a remis mercredi une lettre de démission au président, Roch Marc Christian Kaboré, qui l’a acceptée. « Il est mis fin aux fonctions de premier ministre de M. Dabiré », a déclaré sur la télévision publique le secrétaire général du gouvernement, Stéphane Wenceslas Sanou, lisant un décret présidentiel.

La démission du premier ministre entraîne automatiquement celle du gouvernement, selon la loi burkinabée. Conformément aux textes, « les membres du gouvernement sortant assurent l’expédition des affaires courantes des départements ministériels jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement », a précisé M. Sanou.

« J’invite les Burkinabés, dans leur ensemble, à se mobiliser, pour soutenir le président du Faso et le nouvel exécutif qui sera mis en place. Je reste convaincu que c’est dans une unité d’action que nous pourrons relever les défis auxquels notre pays et notre peuple sont confrontés », a déclaré M. Dabiré sur sa page Facebook.

Le ras-le-bol de la population

Depuis plusieurs semaines, la colère montait contre l’exécutif. Le 9 novembre, l’opposition avait notamment exigé des « mesures urgentes » face à la « dégradation de la situation sécuritaire », dans un délai d’un mois. Et le 27 novembre, des centaines de manifestants étaient descendus dans la capitale, Ouagadougou, pour dénoncer « l’incapacité » du pouvoir à contrer la violence djihadiste qui frappe le pays. Des organisations de la société civile avaient exigé à cette occasion le départ du chef de l’Etat. Une dizaine de personnes, dont un enfant et deux journalistes, avaient été blessées dans la dispersion de ces marches.

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L’attaque, le 14 novembre, d’un détachement de gendarmerie à Inata (nord), une des plus meurtrières contre les forces de sécurité, a choqué le pays : au moins 57 personnes, dont 53 gendarmes, ont été tuées par des djihadistes armés. Deux semaines avant l’attaque, les gendarmes d’Inata avaient alerté l’état-major sur leur situation précaire, disant manquer de nourriture et s’alimenter grâce au braconnage.

Des attentats de plus en plus fréquents

Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés djihadistes, affiliés à Al-Qaida et à l’organisation Etat islamique. Les attaques, qui visent civils et militaires, sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays. Elles ont fait environ 2 000 morts et 1,4 million de déplacés.

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Fin novembre, le président Kaboré avait annoncé de nouvelles mesures, soulignant « la nécessité de constituer, au plan gouvernemental, une équipe resserrée et plus soudée ». Le président burkinabé avait aussi annoncé le lancement, la semaine prochaine, d’une « opération mains propres, pour vider tous les dossiers pendants de corruption et éclaircir toutes les affaires qui polluent le quotidien des Burkinabés épris de bonne gouvernance et de démocratie ».

En poste depuis janvier 2019, le premier ministre Christophe Joseph-Marie Dabiré, ancien commissaire chargé du commerce, de la concurrence et de la coopération de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, avait été reconduit en janvier, après la réélection de M. Kaboré pour un second et dernier mandat.

M. Kaboré a été élu en novembre 2015, un an après que son prédécesseur, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, a été chassé par la rue pour avoir voulu modifier la Constitution afin de se maintenir à son poste. Mais le nouveau président a été confronté dès sa prise de fonctions à une dégradation progressive de la situation sécuritaire dans le pays, qui n’a, pour l’heure, pas pu être enrayée.

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Le Monde avec AFP

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