30 septembre 2022
Paris - France
ECONOMIE

À l’aéroport d’Abidjan, les  « incorruptibles » de la cellule anti-trafic en quête  de moyens 

Anti Trafics (CAAT

Après bientôt dix ans dexistence, la Cellule aéroportuaire antitrafic (CAAT) est aujourdhui une structure dépourvue de moyens, sans locaux ni ressources techniques. Un décret pris cet été par le gouvernement, en portant officiellement création, vise à lui donner un nouveau souffle

Short en jean, veste trop large aux motifs blancs et roses, paire de baskets aux pieds, rien ne distingue vraiment d‘un autre le jeune homme noyé au milieu de dizaines de passagers à sa descente davion en provenance de Lagos. Mais voilà, contrairement aux autres, pressés de récupérer leurs valises et de quitter laéroport Félix HouphouëtBoigny dAbidjan en cette fin de matinée, il s’attarde très longuement en salle des evisas, dont il na pas besoin puisqu‘il est détenteur dun passeport nigérian, à la photo si floue qu‘on le reconnaît à peine. Une attitude suspecte qui attire lattention de deux agents de la Cellule aéroportuaire antitrafic (CAAT)

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Le jeune homme doit être soumis à une fouille dans lunique salle dont dispose la CAAT à laéroport, à une centaine de mètres des << arrivées ». Elle se trouve au second étage dun bâtiment à lintérieur délabré. La salle étroite, encombrée et sans fenêtre, qui fait aussi office de salle de réunion, nest pas vraiment adaptée à ce type de contrôle. La fouille ne révèle rien. En revanche, un test urinaire savère positif à la cocaïne. Simple consommateur ou « mule » transportant de la drogue ingérée par boulettes ? Direction le centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody pour un scanner. À ce stade, laffaire nest plus entre les mains de la CAAT, mais entre celles de lUnité de lutte contre la criminalité transnationale organisée (UCT)

« Déstabiliser les réseaux 

criminels » 

La CAAT dAbidjan a vu le jour en décembre 2012 dans le cadre du projet AIRCOP, un projet multiagence porté par lOffice des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), en partenariat avec Interpol et lOrganisation mondiale des douanes (OMD) et financé par 

lUnion européenne. Son objectif : « déstabilise r les réseaux criminels dans les pays dorigine, d. e transit et de destination, en renforçant les capacités dinterception et de détection des drogues et autres produits illicites, ainsi que des passagers à risque élevé, parmi lesquels les combattants terroristes étrangers, dans les aéroports internationaux »

Pour ce faire, AIRCOP sappuie sur dixsept CAAT en Afrique et dix en Amérique latine et dans les Caraïbes, dont il facilite la transmission sécurisée dinformations opérationnelles en temps réel entre les services au niveau national, régional et international, en les connectant à la base de données criminelles dInterpol et de IOMD. Celle dAbidjan dépend aujourdhui du ministère de la Sécurité et a été placée sous le contrôle administratif du Comité interministériel de lutte anti-drogue (CILAD)

Peu de moyens 

Près de dix ans après sa mise en place, le gouvernement n‘a pris que le 16 juin dernier un décret portant sa création, ses attributions, sa composition, son organisation et son fonctionnement. « Avec ce décret, la CAAT, qui navait pas véritablement d‘existence légale jusquà présent, va bénéficier dun nouvel élan », espère le commissaire principal de police, Assoumou Assoumou, placé à la tête de ce service depuis août. Un fonctionnaire chevronné, qui attend de ses équipes « des résultats », malgré le peu de moyens mis à leur disposition

VOD

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ARCOP 

INTERPOL 

  1. RO

Des ordinateurs tous hors service, pas de ligne téléphonique ni de connexion internet, aucune voiture de fonction pour rallier des sites éloignés (notamment celui du service de courrier DHL que les équipes du CAAT doivent contrôler, à plus dun kilomètre de laéroport), pas de locaux adaptés, pas de cellule de fouille à larrivée, aucun scanner. Le décret prévoit que lAutorité nationale de laviation civile (ANAC) fournisse des locaux fonctionnels et prenne en charge linstallation et le bon fonctionnement des lignes téléphoniques, dinternet, un accès à leau et à la climatisation, ainsi que « toutes les autres commodités nécessaires à un environnement de travail décent, efficace et efficient ». « Nous allons rattraper cela », assure le patron de lUCT, le commissaire divisionnaire Adomo Bonaventure, tuteur opérationnel de la CAAT

Corruption 

En plus de ce manque de moyens, la quarantaine dagents (gendarmerie nationale, police, douane et eaux et forêts) fait aussi face à une absence de coopération des compagnies aériennes censées leur fournir une liste des passagers et un détail sur les vols pris pour chacun. « Ce détail des vols est indispensable. sest rendu le passager ? A-til payé cash ? Qui a acheté le ticket ? Si nous n’avons quun nom, cela ne sert pas à grandchose », insiste le 

commissaire Assoumou Assoumou, installé dans son minuscule bureau au bord des pistes. Sur dixsept compagnies, seules trois coopèrent pleinement. La technique la plus efficace reste alors celle du « profilage » à la descente davion : un passager qui s’attarde trop aux toilettes ou au service des evisas, un autre agité. Celle du renseignement porte aussi ses fruits : « Dans le cas dun trafic dêtres humains par exemple, nous attendons que les passeurs et les victimes se présentent à laéroport pour caractériser linfraction. » 

LES TRAFIQUANTS SAVENT QUE CETTE CELLULE EXISTE, ILS SONT TRÈS VIGILANTS 

Autre difficulté majeure : la grande adaptabilité des trafiquants. « Entre 2017 et 2019, la CAAT a saisi beaucoup de drogues, mais aujourdhui, les trafiquants savent que cette cellule existe, ils sont très vigilants et passent par dautres circuits », déplore le commissaire divisionnaire Adomo Bonaventure. En 2021, la CAAT a saisi 2 639 kilos de marchandises, principalement des produits cosmétiques contrefaits (1600 kilos) et de faux médicaments (550 kilos). Parmi les drogues, ses agents ont mis la main sur 46 kilos de Tramadol

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Dernier défi de taille, celui de la corruption. En 2018, quatre agents de la CAAT ont été accusés davoir extorqué 100 000 francs CFA à un homme daffaires belge qui refusait de se soumettre à un test urinaire et placés en détention provisoire. « Le recrutement se déroule sur la base d’un appel à candidatures, les fonctionnaires doivent montrer patte blanche. Ils passent un entretien et sont soumis à un polygraphe. Ils doivent être audessus de tous soupçons, incorruptibles », assure le secrétaire général de la CILAD, Kouma Yao Ronsard Odonkor. Conscient de l’enjeu, le commissaire Assoumou Assoumou entend bien en faire une priorité : « Il faut faire tout notre possible pour que la corruption ne simplante pas »

JA

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